Du calme !

25 mars 2020

Non, il n’y a pas eu d’émeute à Jumbo Riche-Terre. Ni à Simla Way, Baie-du-Tombeau. Non, les postes de police d’Abercrombie et de Roche-Bois n’ont pas été saccagés. D’émeute, il n’y en a eu que sur les réseaux sociaux. Par quelques idiots isolés. Mais quelqu’un quelque part, ou plus probablement un groupe de personnes ont décidé de propager la fausse nouvelle que des émeutes éclataient dans la région portlouisienne.

Les tristes personnages derrière cette opération savaient qu’ils pouvaient compter sur les internautes mauriciens bien intentionnés, mais irréfléchis. La plupart croyaient sans doute bien faire en informant leur entourage de cette situation chaotique. Les groupes WhatsApp du pays étaient en suractivité hier soir, chacun confirmant avec ses proches, ses collègues, que le temps de l’Apocalypse était venu. Sur Facebook, on a aussi pu voir des messages de ce genre : «Jumbo Riche terre bel bezer mo tand dir dimoun p kraz partou laba (sic).»

C’est sûr, c’est joué ! Maurice est en feu ! Ça se savait. Tout le monde avait «tann dir» après tout. De qui ? Personne ne savait trop, mais pourquoi s’arrêter à ces détails ? Pour ceux qui entendaient les sirènes de la Special Mobile Force (SMF) et de la Special Support Unit (SSU) dans les rues, cela ne faisait que confirmer la nouvelle de l’explosion du pays.

Sauf que les gens qui habitent les régions concernées regardaient par les fenêtres, tendaient l’oreille et ne voyaient aucun signe d’émeutes. Pour cause, les forces de l’ordre avaient déjà eu vent de quelques messages qui circulaient sur les réseaux sociaux incitant les gens à descendre dans les rues pour protester contre la fermeture des supermarchés. C’est pour empêcher que ce scénario catastrophe ne se concrétise que les éléments de la SMF et de la SSU ont été déployés.

Les réseaux sociaux ne sont pas des oracles

En attendant les communiqués officiels (Ascencia est venu rassurer, notamment sur les réseaux sociaux), l’angoisse et la panique ont gagné plusieurs Mauriciens, plusieurs foyers. Nous sommes déjà en pleine crise sanitaire et le Premier ministre vient d’annoncer la fermeture des supermarchés jusqu’à la semaine prochaine. À cela, il faut rajouter l’impact que la vie en isolement peut avoir sur notre santé mentale. Quand nous serons sortis de la crise sanitaire, ce sont les dégâts sur la vie économique, voire le tissu social, qui devront occuper toute notre attention. Pouvons-nous nous payer le luxe de céder à la panique en gobant toutes les fariboles qui circulent à l’âge de la communication ?

La réponse est évidente. Alors, du calme ! Et apprenez-le une bonne fois pour toutes : les réseaux sociaux sont indissociables de nos vies désormais, mais ils ne sont pas des oracles sur qui nous pouvons compter pour nous informer de manière responsable.

La presse a un rôle à jouer dans la situation. C’est vers elle que vous vous devez de vous tourner pour vous informer. Vous êtes tous responsables, tous complices de la panique d’hier soir. Vous n’avez pas droit à l’ignorance. Pas à une époque où il est tellement aisé de s’informer. Essayez pour voir : l’information de qualité se trouve au bout de votre pouce. Cela ne demande pas beaucoup d’effort.

Alors, la prochaine fois qu’on vous dira que votre pays prend feu ou que le Trou-aux-Cerfs est entré en éruption, rendez vous-même service et allez sur la page web ou Facebook d’un des médias sérieux du pays (vous les connaissez déjà) pour voir ce qu’ils en disent. Avant de céder à la pulsion du share, posez-vous la question : d’où vient cette information ? L’ami d’un ami ? Le voisin d’un ami ? Le parent d’un ami ? L’ami d’un collègue ? Ne vous fiez pas à eux.

Nous sommes tous responsables de la gestion de la crise. C’est valable pour la crise sanitaire. C’est valable pour la crise de l’information. Restez chez vous. Informez-vous.

covid-19 | opinion



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