Covid-19 rime avec crise économique… rime avec pertes d’emploi ?

17 mars 2020

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(Photo d’illustration) Avec la propagation du Covid-19 et la fermeture temporaire de nos frontières, les clignotants virent dangereusement au rouge.

Se dirige-t-on vers des licenciements ? Cette hypothèse est plus que jamais d’actualité avec le ralentissement économique mondial que provoque la pandémie du nouveau coronavirus. A l’international, les marchés financiers sont pris de panique, tandis que les entreprises tournent au ralenti. Certaines, en Europe et aux Etats-Unis notamment, ont même décidé de stopper temporairement leurs activités. Mettant ainsi au chômage technique ou partiel leurs salariés.

Un scénario qu’anticipent des acteurs et observateurs économiques à Maurice. Surtout après les mesures annoncées hier, lundi 16 mars, par le Premier ministre. Décision a, en effet, été prise de fermer temporairement nos frontières aux pays membres de l’Union européenne, ainsi qu’à l’Angleterre et la Suisse. Un choix stratégique difficile à prendre qui aura indéniablement un gros impact sur notre économie. 

Enorme manque à gagner

Nos frontières auraient été fermées tôt ou tard, déclare l’économiste Bhavish Jugurnauth. La priorité étant d’empêcher à tout prix que le Covid-19 pénètre notre territoire. Le fait est que cette décision, bien que nécessaire, aura des conséquences. «24 % de notre PIB (produit intérieur brut) vient du secteur touristique et que les touristes européens y contribuent à hauteur d’environ 60 % à 70 %. De ce pourcentage, 24 % contribuent à une valeur de 5 milliards de dollars annuellement. Donc, c’est un manque à gagner énorme», explique-t-il. Il faut ajouter à cela le fait que la France, notre principal marché, est en quasi-confinement, bien que le président Emmanuel Macron, dans son allocution télévisée hier soir, ait pris le soin de ne pas prononcer ce mot.

L’économiste va plus loin. Selon ses observations, «ce virus pourrait affecter l’économie d’un pays pour un an». Le Covid-19, poursuit-il, menace des emplois directs dans le secteur de l’hôtellerie. Et le chômage technique sera indéniablement l’une des conséquences de la pandémie et des mesures prises pour en minimiser l’impact sur l’économie. C’est pourquoi Bhavish Jugurnauth estime que «des compagnies doivent mettre en place des fonds afin d’aider les employés».

Cependant, l’économiste ne croit pas que des hôtels vont fermer leurs portes. «Il serait exagéré de parler de la fermeture des hôtels.» Mais si fermeture il y a, celle-ci ne devrait être que temporaire, ajoute-t-il. Il part du postulat que «notre économie dépend énormément du secteur du tourisme».

«Le gouvernement aurait dû en faire un peu plus»

Ce qui est sûr en revanche, c’est que les revenus d’Air Mauritius, qui planche actuellement sur un nouveau modèle économique, souffriront de la fermeture temporaire de nos frontières. «La compagnie doit revoir son ‘cost benefit analysis’ afin de trouver une solution pour sortir de cette crise.»

Bhavish Jugurnauth salue néanmoins la décision du gouvernement de mettre sur pied un fonds spécial de Rs 9 milliards pour venir en aide aux entreprises. «Une mesure que tous les pays ont prise. Et que j’apprécie car cela démontre que le gouvernement veut préserver l’emploi.» Toujours est-il que selon l’économiste, «le gouvernement aurait dû en faire un peu plus, comme proposer des incitations fiscales notamment».

L’économiste s’attarde aussi sur le commerce international et surtout sur le fait que Maurice est «un net importer». La bonne nouvelle, c’est que «nous n’aurons pas une crise alimentaire à ce stade car nous avons un stock pour trois mois». Il est d’avis que la panique qui gagne actuellement les Mauriciens «est naturelle. Les gens se précipitent au supermarché en voyant ce qui se passe à l’étranger». Le fait est que ce comportement pourrait mener vers une hausse artificielle des prix, voire une hausse tout court, surtout «s’il y a un retard dans la livraison des marchandises en raison de la situation actuelle et aussi de la dépréciation de la roupie mauricienne». Néanmoins, si manque il y a, cela ne devrait être que «temporaire». 

Qu’en pensent les principaux intéressés ?

Air Mauritius en mode «wait and see»

Et qu’en pensent les principaux intéressés ? L’annonce du Premier ministre a fait réagir bon nombre d’organismes. Parmi ceux-ci, Air Mauritus. Prem Sewpaul précise que la compagnie aérienne nationale maintient ses vols vers l’Europe et Londres. Le responsable de communication affirme toutefois que si besoin est, la situation sera réévaluée. «Tous ceux venant d’Europe seront mis en quarantaine. Et nous allons adapter notre politique en conséquence.»

Entre-temps, divers ateliers de travail ont été menés par la direction d’Air Mauritius ainsi que ses filiales ATOL et Mauritius Duty Free Paradise. L’objectif étant d’évaluer l’impact du ralentissement causé par le coronavirus sur les finances de la compagnie et dresser, en conséquence, un plan d’action. Air Mauritius tiendra d’ailleurs une réunion ce mardi 17 mars, afin de discuter des conséquences du Covid-19 et envisager une stratégie de rebondissement.

Possible fermeture d’hôtels ou licenciements…

De son côté, Jean Michel Pitot, président de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM), accueille favorablement la décision du gouvernement de fermer temporairement nos frontières. Il n’empêche que les conséquences se feront très vite sentir. «Début avril, certains hôtels seront ‘quasiment fermés’ car il n’y aura plus de touristes», fait-il comprendre.

Ashok Subron, négociateur syndical de la Hotel & Restaurant Employees Union, est plus direct : licenciements il y aura dans le secteur du tourisme. Il parle même de «licenciements massifs» durant la saison de pointe à la suite des décisions prises lors du Conseil des ministres, vendredi 13 mars. «Les mesures économiques annoncées par le ministre des Finances exposent de graves problèmes au sein de ce gouvernement face à la crise du Covid-19. S’il continue à partir dans cette direction, le gouvernement va entraîner le pays vers une catastrophe sanitaire et la pire souffrance économique depuis notre indépendance !» martèle-t-il.

Ashok Subron en est persuadé ; les mesures qu’a annoncées Renganaden Padayachy ne vont pas relancer le secteur de l’hôtellerier. «Vendredi, le cabinet ministériel a annoncé des modifications fondamentales dans les conditions de travail des travailleurs d’hôtels. D’emblée, le patronat ne leur paiera plus d’heures supplémentaires. Ces heures supplémentaires seront remplacées par des jours off. En annonçant toutes ces mesures, c’est évident que le gouvernement envisage un vague de licenciements massifs dans le secteur du tourisme ainsi que d’autres secteurs», soutient le syndicaliste.

Alimentation : pas la peine de s’inquiéter

Et au niveau du commerce ? Raj Appadu, président du Front commun des commerçants de Maurice, souligne qu’il faudra attendre encore deux mois pour avoir une idée plus précise de l’impact du coronavirus sur nos stocks de marchandises et de denrées alimentaires. «Nous devons attendre juin. Ce n’est qu’après que nous pourrons nous prononcer.»

Et que pense-t-il des «achats de panique» des Mauriciens ? Pour Raj Appadu, cette panique n’a pas lieu d’être et évoque même un phénomène de mode. «Ici, nous aimons copier ce qui se passe dans d’autres pays. Ils paniquent pour rien et sont en train de finir les stocks inutilement.» Raison pour laquelle il estime que le gouvernement intervenir et s’assurer que les stocks soient contrôlés. Le président du Front commun des commerçants de Maurice tient ainsi à rassurer la population que «nous avons des stocks jusqu’à la fin de juin. Ce serait inapproprié de se précipiter».

Covid-19 | impact économique | perte d'emploi



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