Une journée avec… Mridula Chooromoney, avocate

8 mars 2020

Mridula Chooromoney, Journée internationale des femmes

En sus de son métier d’avocate, Mridula Chooromoney compte bientôt lancer un livre.

Ces journées de travail durent plus de douze heures. Entre visites à ses clients et procès en cour, son emploi du temps est, pour le moins, chargé. Elle parvient cependant à maintenir une vie familiale épanouie malgré les contraintes du métier. L’avocate Mridula Chooromoney, 27 ans, nous fait découvrir son quotidien dans le cadre de la Journée internationale des femmes, ce dimanche 8 mars.

Un véritable marathon. Voilà à quoi ressemble la journée type de l’avocate Mridula Chooromoney, des Kwan & Associates Chambers. Nous l’avons accompagnée des petites heures à 21 heures, mercredi 4 mars.

L’accueil est chaleureux chez l’avocate, à route Bassin, Quatre-Bornes, lorsque nous débarquons à 6 h 30. C’est en peignoir marron que Mridula Chooromoney, dont la mère Neermala est fonctionnaire au ministère de la Santé et le père Suresh, ex-Operations Manager à Air Mauritius aujourd’hui à la retraite, nous reçoit.

Après nous avoir montré l’extérieur de sa maison à étage de couleur jaune et gris, Me Mridula Chooromoney nous emmène à l’intérieur. Notre regard se pose sur les effigies de célèbres monuments tels que la Tour Eiffel, les Twin Towers de Malaisie ou encore le Big Ben qui trônent sur de beaux meubles en bois. Etonnamment, aucune photo de la jeune femme n’orne les murs, si ce n’est une seule. La plus significative. Celle-ci immortalise son admission au barreau de l’Inner Temple, en Angleterre, en janvier 2020. «Une image vaut mille mots», dit l’adage. Cette photo témoigne des années de dur labeur de Mridula Chooromoney. Son visage y est resplendissant et ses yeux pétillants.

Dix minutes se sont écoulées depuis notre arrivée ; il est  maintenant 06h40, l’heure d’aller promener sa chienne, Shakti. Une Great Dane, ou Danoise noire qui saute sur sa maîtresse qui est toujours en peignoir. Mridula Chooromoney confie que c’est le moment que Shakti aime le plus. «C’est une chienne qui a bon caractère et qui sait se montrer sociable avec les autres animaux. Elle aime être en contact avec les humains. Je l’ai adoptée l’année dernière, en septembre. Elle m’est très chère.»

Tandis qu’elle promène Shakti, nous faisons un brin de causette avec sa mère. Une douce dame qui a passé 41 ans dans le service médical. Le temps pour Neermala Chooromoney de nous raconter son parcours que Mridula est déjà de retour. Après une trentaine de minutes, elle se dirige vers la salle de bain pour se préparer pour le boulot. Mais avant, vers 07 h 15, l’avocate accueille deux clients venus la rencontrer pour signer des documents concernant un procès en cour. Les détails sur cette affaire ne seront, bien entendu, pas divulgués. Pendant ce temps, sa petite sœur Sidhi, une étudiante en Physiothérapie en Malaisie actuellement en vacances à Maurice, vient nous saluer tandis que son père Suresh nous parle de son parcours à Air Mauritius.

«Je suis fière de moi car j’ai mis tout mon cœur
dans tout ce que j’ai fait.
J’ai choisi d’être moi-même…»

Il est 07 h 40. Nous sommes en voiture en direction de Port-Louis. Me Mridula Chooromoney en profite pour se dévoiler davantage. C’est après son parcours secondaire au collège Queen Elizabeth qu’elle met le cap sur la Malaisie pour des études en droit. En 2014, elle se rend en Angleterre pour compléter sa licence, avant d’enchaîner avec une maîtrise en droit de l’université Paris 2 Panthéon-Assas qu’elle a entreprise à Maurice. Me Mridula Chooromoney est détentrice d’un diplôme en International Arbitration & LLM International Business Law ainsi que d’un certificat en Oil & Gas oil. Elle est aussi une fully accredited mediator

«Je suis fière de moi car j’ai mis tout mon cœur dans tout ce que j’ai fait. J’ai choisi d’être moi-même avec mes forces et mes faiblesses. Je laisse les apparences aux perdants. A ceux qui ne vivent pas, à ceux qui préfèrent ne pas être. Je suis moi, je vis à ma façon», dit-elle avec conviction.

Alors que Me Chooromoney commence à nous parler de spiritualité, elle reçoit un appel de son Head of Chamber. Changement de plan ; elle devra se rendre à la cour de Rose-Hill pour représenter un client. Toutefois, elle devra passer au bureau pour récupérer les dossiers nécessaires, se briefer sur le procès et prendre sa robe d’avocate.

Neuf heures. Nous arrivons aux Kwan & Associates Chambers. Sans perdre de temps, Me Mridula Chooromoney part rencontrer son Head of Chamber pour discuter de l’agenda du jour. Le bureau de la jeune femme est situé dans un cadre calme et élégant. Ses diplômes et ses livres de droit ornent sa commode. Sa robe d’avocate est là, suspendue au mur. Il y a des dossiers sur la table, et son nom est gravé sur une plaque en métal.

Mridula Chooromoney, Journée internationale des femmes

09 h 20, direction la cour de Rose-Hill. Après vingt-cinq minutes, nous y arrivons. Me Mridula Chooromoney enfile sa robe d’avocate. Elle doit représenter quelqu’un dans un procès pour agression qui date de… 2015. Elle parcourt le couloir d’un pas alerte, les bras chargés de dossiers et son smartphone collé à l’oreille. La journée s’annonce chargée.

10 heures. En attendant de passer devant le magistrat, l’avocate rencontre ses clients. Il y a deux personnes dont il faut étudier les dossiers, qu’il faut accompagner devant le magistrat, et défendre durant le procès. Le visage de la jeune femme se durcit. Elle parcourt le dossier de l’un des prévenus. Il s’agit, primo, de voir à qui elle a affaire, et secondo relever une éventuelle récidive qui pourrait coûter cher à l’accusé. Puis, elle étudie les procès-verbaux pour tenter de déceler une éventuelle faille.

Me Mridula Chooromoney passe une vingtaine de minutes à éplucher le dossier. Coup d’œil dans le couloir ; l’escorte policière est là et le prévenu assis sur un banc, menottes aux poignets. Elle fait à la fois preuve de psychologie et d’empathie. «Une qualité nécessaire pour bien cerner la personne à qui on a affaire. Mais il faut aussi savoir prendre du recul sur le dossier», confie-t-elle.

Le temps d’étudier le dossier, il est près de 10 h 40 lorsque les débats commencent. Le magistrat se présente au délinquant, fait les vérifications d’usage et lui indique ce qui lui est reproché. «Vous avez la possibilité de garder le silence ou de répondre aux questions.» Le prévenu n’a rien de plus à dire. «Si vous n’acceptez pas d’être jugé aujourd’hui, vous serez jugé ultérieurement», poursuit le magistrat. Le procès est finalement renvoyé au 18 mars, Me Chooromoney estimant qu’il faut plus de temps pour préparer la défense de son client. Nous quittons la cour de Rose-Hill pour Port-Louis vers 11 h 30.

Il est midi et nous sommes de retour à son bureau. L’avocate doit encore éplucher quelques dossiers. Alors qu’elle s’affaire, elle reçoit soudain un coup de fil. Elle doit aller rencontrer l’avoué Harold Lam Shang Leen. Entre-temps, son Head of Chamber lui fait signe qu’il y aura une réunion qui durera une heure. Ce n’est qu’à 13 heures que Mridula Chooromoney se rendra au mess pour déjeuner. En mangeant, elle se souvient de l’anniversaire de son père, le 16 mars. Elle téléphone ainsi à sa mère pour planifier la soirée.

«Je suis en train d’écrire un livre.
Enfin tout est fini sauf la mise en page»

Après le repas, nous allons déposer des documents dans les locaux d’un organisme public vers 13 h 45. Toutefois, une fois arrivée, il lui manque un document. Me Chooromoney repart à vive allure afin de pouvoir le soumettre à l’organisme qui fermera à 16 heures. Mais avant d’y retourner, elle fait un saut chez l’avoué Harold Lam Shang Leen. Or ce dernier est déjà parti ; alors elle repassera une prochaine fois. Sans perdre de temps, nous revenons au bureau où elle se remet au travail. Une fois tous ses dossiers, elle quitte son bureau à 15 h 40. Son amie est venue nous rejoindre.

Direction Ebène à présent. Nous y arrivons vers 16 h 10 et prenons quelque chose à boire. C’est là que Me Chooromoney nous informe que sa journée n’est pas finie. «Je suis en train d’écrire un livre. Enfin tout est fini sauf la mise en page», nous révèle-t-elle. Après son parcours dans l’événementiel où elle est plus connue sous le nom de Neidi, Me Chooromoney se lance désormais dans l’écriture. Elle compte le lancer d’ici quelques mois. La jeune femme ne divulguera aucun détail sur son livre, si ce n’est qu’elle veut transmettre des messages axés sur l’essence de la religion voire la spiritualité, surtout aux jeunes.

Après une quinzaine de minutes, un graphiste arrive et nous allons tous au domicile de Me Chooromoney. Chez elle à 17 h 45, les discussions sur la mise en page du livre débutent. Cette jeune femme multitâche nous fait du thé, regarde des dossiers tout en surveillant le travail de ses amis qui l’aident depuis des mois. Nous quittons son domicile à 21 heures après une dure mais très enrichissante journée.

Pas la peine de célébrer la Journée des femmes quand…

«Je suis de la Génération Égalité : Pour les droits des femmes et un futur égalitaire». C’est le thème de la Journée internationale des droits des femmes, ce dimanche 8 mars. Or pour la jeune avocate, «cela ne sert pas à grand-chose de faire tout un plat sur la Journée internationale des femmes. C’est faire du bruit pour rien du tout !».
Me Mridula Chooromoney s’explique. «Nous vivons tous dans ce monde et nous nous complétons de diverses façons. Cette complémentarité doit donner lieu à un respect mutuel au quotidien.» Elle estime, du reste, que la femme est supérieure à l’homme car son fardeau est plus lourd au quotidien. «Les femmes font plusieurs choses à la fois. Du travail à la gestion des tâches ménagères… c’est bien d’avoir choisi un jour pour célébrer la femme mais cela ne me dit pas grand-chose. On rend hommage aux femmes un jour par an mais le reste du temps, elles continuent à être maltraitées. C’est cette mentalité-là qu’il faut changer en priorité.»
Tant que les femmes ne prendront pas les devants, leurs droits continueront à être bafoués, lance l’avocate. Elle est cependant d’avis que les droits des hommes sont tout aussi importants. «Si la femme et l’homme ne coopèrent pas, il n’y pas de progrès. Alors c’est fondamental de respecter les droits de tout un chacun.»
Dans la foulée, Me Chooromoney évoque la discrimination dont sont victimes les avocates. Elle parle notamment du harcèlement, voire de l’intimidation, dont font preuve certains avocats «seniors». «J’ai beaucoup de respect pour les avocats expérimentés, mais il existe quelques cas de ‘bullying’ envers nous.» Toutefois, elle fait aussi ressortir que tous les «seniors» n’agissent pas ainsi. «Il y a ceux qui nous guident avec leur sagesse et leur expérience du barreau.»

A cœur ouvert…

Cuisinez-vous ?

Définitivement.

Gourmande ou gourmet ?

Les deux

Un péché mignon ?

Chana-puri

Pratiquez-vous du sport ?

Oui, je vais à la salle de gym cinq jours par semaine. J’y passe une heure.

Quel livre lisez-vous actuellement ?

The Power of Habit par Charles Duhigg

Ecoutez-vous la radio ?

Oui, tous les matins, pour connaître l’actualité du pays.

Et la télévision ?

Pas de temps pour regarder la télé. Peut-être une fois par mois.

Quel type de musique écoutez-vous ?

J’ai une préférence pour les musiques africaines. Mon chanteur préféré est Wizkid.

Pour vous, c’est quoi le bonheur ?

D’être bien avec  soi-même.

Qu’auriez-vous souhaité réaliser avant de quitter ce monde ?

Que les gens vivent une vie significative.

Quel est votre endroit préféré pour déjeuner ?

Le restaurant Foodies

Si vous n’étiez pas avocate, vous seriez… ?

Quand j’étais petite, je voulais être politicienne.

Journée internationale des femmes | Mridula Chooromoney



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