[Précarité] Sharone Levaillant: ses enfants sa bataille

7 mai 2020

Des rêves, elle en a. Pour elle. Pour ses quatre enfants. «Mo ti pou kontan travay, gagn enn bon lakaz, tou pas bien, mo zanfan ariv lwin e bien edike.» Sharone Levaillant ne demande pas la charité. Mais juste qu’on lui tende la main pour que ses enfants puissent grandir dans un environnement sain et sécurisé. Bénéficiaire d’une aide sociale, la mère célibataire de 30 ans peut aussi compter sur le soutien de l’ONG Solidarite Marye Pike (SMP).

Sharone Levaillant a deux filles de 9 et 7 ans, et deux fils de 5 et un an et demi. C’est dans une petite maison en tôle louée à Trèfles qu’elle élève sa petite famille. «Ena zis de lasam, enn lakwizinn e anplis twalet pa bon.» Même s’ils ne vivent plus sous le même toit, son ex-compagnon lui rend visite afin de garder le contact avec les enfants.

L’amour de Sharone Levaillant pour ses enfants ne connaît ni loi ni limite. La mère célibataire décrit leur relation comme étant unique. «Zot koumadir mo bann kamarad, nou bien pros.» La période de confinement actuelle leur a permis de renforcer leurs liens. Ménage, cuisine, télé, dessins, jeux rythment leur quotidien. «Zot fer bann ti biye avek papie, nou zwe labanq», raconte-t-elle avec beaucoup d’amour dans la voix.

«Inn deza arive ki pena nanye pou manze»

Ce n’est pas pour autant que l’éducation est reléguée au second plan. C’est l’aînée, que Sharone Levaillant décrit comme une fille intelligente, qui prend la responsabilité d’aider sa petite sœur et son petit frère dans leur apprentissage scolaire. «Li fer Miss ar zot, li montre zot lir ek ekrir.»

La jeune femme est consciente que l’éducation est une arme pour sortir de la pauvreté. Avant le confinement, les jours d’école, elle les accompagnait chaque matin jusqu’à l’arrêt d’autobus. Pour leur déjeuner à l’école, elle remuait ciel et terre pour qu’ils puissent avoir de quoi se mettre sous la dent. «Mo trase, mo met enn ti burger, defwa saucisses ou mem dipin diber.» Sharone Levaillant se dit contente que l’école leur donnait des fruits et des gâteaux pour bien équilibrer leur déjeuner. Mais c’est aussi vrai que «inn deza arive ki pena nanye pou manze, mo bizin diman mo bann paran».

Plusieurs de ses camarades et quelques foyers n’ont pas fermé les yeux devant sa situation. L’ONG SMP n’y est pas restée insensible non plus. Depuis le début de l’année, Sharone Levaillant reçoit une boîte de vivres à la fin du mois et un repas chaud une fois la semaine.

«Mo pa kapav abandon li, li ankor tipti»

Avant d’avoir des enfants, la jeune femme travaillait dans une usine textile. Aujourd’hui, avec un enfant d’un an et demi, c’est compliqué, dit-elle, de trouver du travail. «Mo pa kapav abandon li, li ankor tipti.» Pourtant, un travail lui permettrait de toucher un peu plus près ses rêves. Notamment d’avoir assez d’argent pour pouvoir construire deux chambres en tôle pour ses enfants chez sa mère, à Plaisance. Ce n’est pas le talent qui manque à Sharone Levaillant ; elle a participé à plusieurs ateliers de rotin, une initiative pour les femmes entrepreneurs.

Malgré la précarité dans laquelle elle vit, Sharone Levaillant  refuse de perdre espoir. Elle partage sa croyance avec ses enfants. Face à la pauvreté, la mère célibataire prie jour et nuit pour s’en sortir.

précarité | Sharone Levaillant | SMP



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