Précarité menstruelle: faut-il rendre gratuites les serviettes hygiéniques?

8 mars 2020

précarité menstruelle, Journée internationale des femmes

(Photo d’illustration) Le Parlement écossais a rendu gratuites les serviettes hygiéniques afin de mettre fin à la «période de pauvreté».

Le paradoxe est flagrant. Sur les ondes des radios, à la télévision, sur les réseaux sociaux, les publicités pour les serviettes hygiéniques sont partout. Pourtant, à ce jour, la précarité menstruelle reste un sujet tabou dont l’impact social et économique, notamment sur les femmes issues de milieux défavorisés, est passé sous silence. Alors que l’Ecosse est le premier pays à rendre gratuites les serviettes hygiéniques, le Parlement ayant approuvé un projet de loi pour mettre fin à la «période de pauvreté», Maurice devrait-il en faire de même ? Zordi s’intéresse à cette question en cette Journée internationale des droits des femmes.

La réponse est oui, pour Djemillah Mourade Peerbux. «Si l’Ecosse l’a fait pourquoi pas Maurice ? C’est donc tout à fait possible.» La précarité menstruelle est une réalité à Maurice, martèle la jeune femme. Elle est l’initiatrice du Ripple Project lancé en 2016, dont l’objectif est de collecter et distribuer des produits d’hygiène aux femmes qui en ont le plus besoin. Citant l’exemple des préservatifs qui sont, eux, «disponibles gratuitement dans les centres de santé», Djemillah Mourade Peerbux insiste : «Maurice doit pouvoir offrir des serviettes hygiéniques gratuites.»

Un paquet de serviettes hygiéniques = 3 paquets de nouilles…

Le prix moyen d’un paquet de serviettes hygiéniques est de Rs 30. «Le prix du paquet n’est pas excessif», concède Djemillah Mourade Peerbux. En revanche, pour une mère de famille vivant dans la pauvreté, cela représente trois paquets de nouilles instantanées. Et lorsqu’on sait qu’une femme utilise un minimum de deux paquets par mois, le choix entre manger et acheter des «pads» est vite fait. Ce qui lui fait dire que les serviettes hygiéniques sont «inaccessibles pour une personne qui est dans le besoin».

L’initiatrice du Ripple Project estime que les serviettes hygiéniques doivent être disponibles gratuitement dans les centres de santé publics, les établissements scolaires, les universités et les hôpitaux, les prisons et Rehabilitation Youth Centers, ainsi que les abris d’urgence et les shelters. Elle propose même une première mesure simple à appliquer : distribuer gratuitement des serviettes hygiéniques aux familles enregistrées sur le registre social. Ce serait, dit Djemillah Mourade-Peerbux, un bon début.

Là où le bât blesse, poursuit la jeune femme, c’est que des fabricants de serviettes hygiéniques n’ont, en général, pas de projet social pour répondre à la précarité menstruelle. Cela, alors que c’est un business qui roule. «Nous peinons à les impliquer dans les campagnes», regrette-t-elle. Dans la foulée, elle fait ressortir qu’aucun programme public de Menstrual Hygiene Management (MHM) n’existe. «Nous sommes les seuls à en avoir un que nous faisons lors des ateliers de Ripple.»

Rendre leur dignité aux femmes

Certes, la taxe de 15 % sur les serviettes hygiéniques a été enlevée en 2017 (il s’agit d’une mesure budgétaire, NdlR). Il n’empêche, constate Trisha Gukhool, Gender consultant, que «les femmes et les filles ne peuvent en acheter. La pauvreté existe toujours». Donc, selon elle, pour rendre à ces femmes leur dignité, pour respecter leurs droits, il faut que les serviettes hygiéniques soient accessibles gratuitement accessibles dans des endroits publics ou privés.

La féministe Anne-Lise Mestry abonde dans le même sens. «Pourquoi ne pas commencer par les femmes qui sont sur le registre social d’abord ?» Pour elle, il faut que l’Etat-providence s’occupe aussi de ces femmes. La féministe argue que les règles peuvent avoir des répercussions qui font grandir l’écart économique entre hommes et femmes. «On ne pourra pas chiffrer cela bien qu’il le faudrait, mais je connais des femmes qui ne se rendent pas sur leur lieu de travail quelques jours chaque mois parce qu’elles n’ont pas les produits d’hygiène nécessaires. Alors qu’un homme n’a pas ce problème. Alors, donner des produits aux femmes qui en ont besoin pourrait aider à resserrer cet écart économique», ajoute-t-elle.

Par ailleurs, Anne-Lise Mestry milite pour la gratuité des toilettes publiques ; il faut, dit-elle, que es femmes puissent avoir un endroit propre où changer leurs serviettes hygiéniques. Et puis, la menstrual cup serait une bonne idée, propose-t-elle. Mais encore faut-il que les femmes aient accès à un endroit pour se changer.

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