Praiyass Jugnarain, un homme tout terrain

26 avril 2020

portrait, Praiyass Jugnarain

Praiyass Jugnarain et son fils Purvesh, 13 ans, qui marche sur ses pas.

Il est grand. 1m83, nous dit-il avec le sourire, lorsque nous le lui demandons. Un sourire timide qui dévoile ses dents du bonheur. Enseignant d’informatique au collège d’Etat G.M.D. Atchia, Praiyass Jugnarain respire en effet la joie et la quiétude. Rien ne saurait entamer sa positive attitude, pas même le confinement. Rencontre.

Si certains se plaignent du confinement, Praiyass Jugnarain, 43 ans, a, lui, décidé d’en tirer profit. Depuis la flambée des prix des légumes, il est retourné à la terre. Et cela, bien avant que le ministre de l’Agro-industrie, Maneesh Gobin, n’en fasse l’appel. «Kan mo travay later, sa satisfaksion ki mo gagne-la enn lot», sourit-il. Chez lui, à Goodlands, avec sa famille, il a mis en terre «bred», champignons, queue d’oignon, cotomili. Des produits bio. «Après quatre à cinq semaines de semence, le fruit de la récolte en vaut la peine.» Une fois que vous avez mis la main à la terre, vous recommencerez, assure-t-il.

Ce lien avec la nature, Praiyass Jugnarain y puise sa force. Il y a trouvé, en réalité, un renouveau. En 2010, il découvre qu’il souffre d’hyperthyroïdie. Cette maladie fait que des anticorps stimulent excessivement la thyroïde à produire plus d’hormones. «Cette maladie m’a donné l’envie de vivre sainement.» Il se ressource dans la nature à travers les randonnées et les longs parcours.

portrait, Praiyass Jugnarain

C’est en septembre 2016 que Praiyass Jugnarain a participé à son premier Ferney Trail. Il a souffert, mais il en est ressorti grandi.

«En septembre 2016, j’ai participé à mon premier Ferney trail. La distance était de 10 km.» Il a souffert, beaucoup. Mais «c’était une souffrance qui en valait la peine». Grâce à ce parcours, raconte Praiyass Jugnarain, «je me suis fait beaucoup d’amis. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que j’étais sorti de mon cocon». Sans compter que cela lui a également permis de redécouvrir l’île Maurice. «Lorsque je suis arrivé au sommet de la montagne, en voyant le paysage pittoresque, j’étais au septième ciel.» Sa passion pour le sport était née.

Alors, pendant son temps libre, au SSS de Mapou, où il enseignait, ce grand gaillard commence à arpenter seul les champs de canne. Il est loin de tout, de la civilisation, du bruit incessant des véhicules… «Je me retrouvais seul, face à moi-même, en harmonie avec la nature. C’était une satisfaction inexplicable.»

La nature lui a aussi permis de panser certaines plaies. Celles de l’enfant qu’il était, qui n’avaient pas tout à fait cicatrisées. «J’avais 11 ans lorsque mon père est décédé. Je ne m’en suis jamais remis. J’ai peur à l’idée qu’un jour ma femme et mes enfants me quittent.» Lors d’un voyage de son épouse Venisha en Afrique du Sud, «j’ai retrouvé une stabilité dans la nature.»

«J’avais le désir de me surpasser»

Venisha Jugnarain lui offre un vélo tout terrain en 2018, lorsqu’il se prend de passion pour le cyclisme. Praiyass Jugnarain révèle qu’il a déjà pédalé pendant 5 h 30 pour se rendre à l’anniversaire d’un ami, à Blue-Bay. Venisha et leurs deux enfants, en voiture, l’encourageaient. «J’avais le désir de me surpasser. C’était un contentement inexprimable. Si j’ai l’opportunité de refaire ce parcours, je n’hésiterai pas.»

Les longs parcours ne lui font pas peur. Pour se rendre au SSS de Mapou, il parcourait 10 kilomètres. C’est toujours à vélo qu’il se rendait, jusqu’à tout récemment, au G.M.D Atchia State College, séduit par la nature verdoyante des lieux. «Il suffit d’ouvrir les yeux pour s’en prendre plein la vue !» En vadrouille, à vélo, il redécouvre le nord, le sud, l’est, l’ouest. Ces régions, il les connaît désormais par coeur. De raconter qu’une fois, un singe s’est même dressé devant lui, lui barrant le passage ! «J’ai dû m’asseoir et essayer de l’imiter en faisant des grimaces et communiquer avec lui, même s’il ne comprenait rien de ce que je disais. Il est parti après quelques minutes.»

L’année 2019 aurait été des plus riches pour ce sportif. Il a participé à sept trails et un semi-marathon de 22 kilomètres. Ce mois-ci, du 1e au 19 avril, il devait faire le trek vers le camp de base de l’Everest, un parcours de 150 kilomètres de Lukla à Nepal, à une altitude de 5 800 mètres, à environ -20 degrés Celsius. «Je m’étais bien préparé. Je travaillais mon endurance et je devais parcourir cinq kilomètres tous les jours.» En raison de la pandémie du Covid-19, l’événement a été renvoyé à novembre.

portrait, Praiyass Jugnarain

Praiyass Jugnarain, son épouse Venisha et leurs deux enfants Purvesh, 13 ans, et Vaishnavi, 11 ans.

Malgré le confinement, Praiyass Jugnarain n’a pas pour autant abandonné le sport. «Nous faisons de l’exercice deux fois par jour», précise-t-il. Chez les Jugnarain, «on se sert des escaliers pour faire du cardio, on improvise avec les moyens du bord. Et pour les biceps, un seau rempli d’eau suffit». Sans compter les cours de karaté que son fils Purvesh, donne à toute la famille ! Du haut de ses 13 ans, cet adepte de natation, de cyclisme et de karaté voit en son père une inspiration. Il en est de même pour sa soeur Vaishnavi, 7 ans, qui pratique elle aussi le karaté. Venisha Jugnarain, qui partage son quotidien depuis quinze ans, est une femme comblée qui décrit son époux comme un «trésor de Dieu».

Enfermés chez eux, les Jugnarain changent petit à petit leur mode de vie. Ils lisent, se documentent, alimentent leur créativité. «Notre faculté mentale fonctionne lorsqu’on se documente et cela aide à exploiter notre créativité.» Lorsque viendra le déconfinement, fait ressortir Praiyass Jugnarain, on ne pourra pas vivre comme on le faisait avant. Il y voit une possibilité de vivre autrement. «Avec le train-train quotidien, nous sommes de nature à toujours trouver un prétexte. Nou dir ki nou fatigue, nou ress lakaz, nou rod tou fasilite.» Or, fait comprendre l’enseignant, «l’univers nous a donné le temps de réfléchir. Si on continue de vivre comme avant, cela signifierait qu’on n’a rien retenu.»

On vous l’avez dit, Praiyass Jugnarain est un grand homme.



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