Lauréats: un héritage colonial qui a fait son temps

7 février 2020

lauréats, Cambridge, HSC

La proclamation des lauréats est un moment de ferveur dans les collèges du pays.

Chaque année une certaine ambiance et ferveur entoure la proclamation des résultats du Higher School Certificate (HSC) dans les collèges du pays. Alors que la liste des lauréats sera connue ce vendredi 7 février, une épineuse question entoure cet exercice. Il s’agit de la viabilité de ce système après les récentes réformes éducatives.

«Le système de lauréat existe depuis très longtemps et l’idée derrière celui-ci était d’encourager les jeunes à étudier pour ainsi pouvoir faire des études universitaires», explique l’ancien ministre de l’Éducation, Dharam Gokhool. Le gouvernement de l’époque a continué avec le système de boursiers pour permettre aux jeunes de poursuivre leurs études supérieures. A la suite de quoi, ils devaient rentrer au pays afin de contribuer à l’économie, indique-t-il.

Pour Dharam Gokhool, «il est temps de revoir et de réactualiser» ce vieux système, car il ne contribue plus au développement du pays. Les étudiants ne retournent plus au pays après leurs études. D’autre part, fait-il remarquer, le contexte a changé avec plusieurs universités qui sont implantées à Maurice. «On est en train d’exclure des étudiants du mainstream», affirme l’ancien ministre de l’Éducation. Il est d’avis qu’une révision de tout notre système éducatif dès le primaire s’impose. L’idée, dit-il, est de se rapprocher le plus possible des modèles scandinaves, tels que la Finlande qui a le meilleur taux de réussite scolaire au monde.

Applaudi par la presse et la société

Jacques Malié, recteur au collège privé Orchard Secondary School et ancien recteur au collège du Saint-Esprit, est plus nuancé dans ses propos. «Le système de lauréat n’est pas mauvais en soi. Les meilleurs sont récompensés pour leurs efforts et il y a eu une évolution au fil des années en faisant de la place à ceux issus de milieux modestes afin qu’ils puissent réussir académiquement.» Il s’agit d’une tradition coloniale avec un côté cérémonial applaudi par la presse et la société en général, fait-il remarquer. Il note toutefois qu’il reste à travailler la régionalisation. Il y aura toujours une différence entre les collèges d’États, confessionnels et privés, concède-t-il.

Jacques Malié souligne aussi le fait qu’il devrait y avoir plus d’activités extra-scolaires. «On a opté pour la médiocrité en abolissant les inter-collèges, car il y avait certains qui faisaient des efforts au niveau du sport.» Il faudrait pouvoir aligner l’éducation académique, technique et sportif sur les mêmes bases tout en donnant le meilleur encadrement possible aux élèves, propose-t-il.

Un ancien élève du collège Royal de Curepipe, classé aux examens du HSC, dira pour sa part que le concours du lauréat est une bonne motivation pour finir ses études secondaires avec brio. «Le statut de lauréat est une motivation en soi, parce que c’est un honneur de dire qu’on est lauréat après tout.» Il confie qu’un de ses amis du collège a été accablé par la pression que lui faisait subir sa famille pour devenir lauréat.

Promotion de lélitisme

Bryan Pravisan Manoo, ancien lauréat de la cuvée 2014 étudiant actuellement aux Etats-Unis, estime, pour sa part, qu’il faudrait changer ce système archaïque. «Il faudrait revoir tout le système autour des bourses et ne plus proclamer les lauréats. La meilleure chose à faire serait d’offrir des bourses aux méritants qui n’ont pas les moyens de se payer des études universitaires.» Aux Etats-Unis, fait valoir le jeune homme, il n’y a pas de compétition de ce genre et au niveau secondaire, les élèves développent davantage leurs ‘soft skills’ pour pouvoir être d’attaque pour le monde du travail.

Bryan Pravisan Manoo, lauréats, HSC

Bryan Pravisan Manoo, ancien lauréat de la cuvée 2014 étudiant actuellement aux Etats-Unis, estime qu’il faudrait changer ce système archaïque.

S’il pense ainsi, pourquoi alors avoir choisi de «compete» ? «J’ai choisi d’être dans la compétition pour devenir lauréat parce que je n’avais pas d’argent pour poursuivre mes études supérieures», répond Bryan Pravisan Manoo. Avant d’ajouter «que c’était aussi pour avoir la part de célébrité éphémère qui suivait la proclamation des résultats».

Avec l’éducation supérieure gratuite pour la première licence, ceux ayant terminé le HSC cette année pourront obtenir une place dans les universités publiques. Bryan Pravisan Manoo ajoute qu’il serait mieux de ne plus promouvoir l’élitisme au sein de notre société et de développer de nouvelles institutions d’enseignement supérieur de haute qualité pour former la future génération.

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