J’ai accouché en plein confinement

29 avril 2020

confinement, accouchement

Chelsea De Souza fait partie de ces femmes qui ont donné naissance en plein confinement. C’est à travers Messenger que cette jeune mère de 27 ans s’est livrée à Zordi sur cette expérience hors du commun. Nous avons tenté de retranscrire son ressenti le plus fidèlement possible.

Dans quel monde mon enfant grandira-t-il ? Je me pose la question sans cesse. Connaîtra-t-il autant de liberté que nous  en avons connu ? Que son frère aîné, même s’il n’a que 4 ans, en a connu jusqu’à la mi-mars, lorsque les premiers cas de Covid-19 à Maurice ont été annoncés ? Mon bébé dort dans mes bras, un rare moment de répit, et les pensées m’envahissent. Du bout des doigts, je lui caresse le visage.

J’ai accouché le 9 avril, à 22 h 04. Tôt le matin, j’ai commencé à avoir des contractions. Je ne me rappelle pas tant de la douleur que de la peur que j’ai ressentie à ce moment-là. J’avais peur de sortir de chez moi, peur de mettre la vie de ma famille en danger. Pendant tout le trajet jusqu’à la clinique, j’avais les larmes aux yeux. Ce n’est qu’une fois sur place que je me suis quelque peu calmée. Le personnel a pris notre température et nous a désinfecté les mains.

Après les examens d’usage, mon gynécologue m’a informée que l’accouchement ne se ferait pas ce jour-là, mais le lendemain. J’avais le choix de rentrer chez moi ou de rester à la clinique. J’ai décidé de rester et j’ai bien fait. Mon bébé a décidé qu’il était temps pour lui de connaître ce monde. J’aurais finalement peut-être préféré qu’il reste dans mon ventre encore un peu. A l’abri.

Je n’ai jamais été plus heureuse que lorsque j’ai su que j’étais enceinte de mon second enfant. C’était le 14 août 2019. Le 18 mars 2020, lorsque le Premier ministre a annoncé à la télévision les trois premiers cas de Covid-19 à Maurice, j’en étais à ma 37e semaine de grossesse. La peur m’a envahie ce soir-là lorsque je l’ai entendu prononcer ces mots. Et s’il arrivait quelque chose à mon bébé ?

Il était prévu que j’accouche le 17 avril. Mais lorsque Pravind Jugnauth a annoncé le confinement national ainsi que l’instauration du couvre-feu, j’ai paniqué. J’avais rendez-vous avec mon gynécologue la semaine suivante ; un rendez-vous annulé en raison du confinement. Au fil des jours, les cas de contamination au Covid-19 ne faisaient qu’augmenter. Mon angoisse aussi.

J’ai fini par appeler mon médecin pour lui demander si on pouvait déclencher l’accouchement. Je n’avais peut-être pas toute ma tête à ce moment-là. Mais j’étais obsédée par l’idée de ne pas savoir exactement quand mon bébé viendrait au monde. J’avais besoin d’une date, de quelque chose de concret auquel me raccrocher. Mon gynécologue m’a répondu que le bébé était encore trop petit, qu’il faudrait attendre encore dix jours.

Je l’avoue ces dix jours ont été longs, très longs. Mes parents ont même fini par prendre contact avec les médias. Mon frère a accepté de paraître dans une vidéo pour demander si c’était possible que j’accouche à domicile. Le jour d’après, la vidéo est même passée aux infos. Un membre du ministère de la Santé est entré en contact avec ma mère pour lui dire que c’était risqué de le faire à la maison. À partir de ce moment, les conseils aux femmes enceintes ont envahi les réseaux sociaux.

J’ai finalement décidé de laisser la nature suivre son cours. Mon bébé viendrait au monde lorsque ce serait l’heure. Mais j’avoue que je n’étais pas rassurée. Au terme de la grossesse, les rendez-vous avec le gynéco se font plus fréquents, mais ce n’était pas possible cette fois-ci. Comment savoir sans aucun doute que mon bébé allait bien ? Je ne pouvais me fier qu’à ses mouvements dans mon ventre.

Aujourd’hui que je le tiens dans mes bras, tout va beaucoup mieux. Même si je sursaute à chaque fois qu’il éternue… Mais après tout, un parent a peur de tout. Si vous avez un enfant vous comprendrez ce que je dis. Mon fils a deux semaines, il est encore tout petit. C’est mon rôle de le protéger.

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