Enfants handicapés, les exclus du système éducatif

23 février 2020

Les enfants qui bénéficient de l’aide de l’EDYCS Epilepsy Group.

Un enfant est considéré comme une bénédiction et cela, peu importe sa situation. C’est la théorie du moins. En réalité, beaucoup d’enfants handicapés se voient exclus, surtout en milieu scolaire. Beaucoup ne se retrouvent pas dans le système éducatif dit « mainstream » et doivent se tourner vers les écoles spécialisées.  La faute, bien souvent, à un système élitiste qui ne juge pas important d’accorder le temps et les ressources qu’il faut aux enfants qui ont des besoins spéciaux. Du coup, ces derniers se retrouvent souvent isolés.

Dans le privé, il y a tout de même l’école St-Nicholas qui accueille chaque année deux élèves handicapés. Marie-Claire Heerah, la fondatrice de l’école, explique la philosophie de son établissement : « À St-Nicholas, redoubler une classe, cela n’existe pas. Je ne suis pas obsédée par le taux de réussite, je suis contente même si un enfant n’a réussi que dans un sujet. » 

Mais elle souligne l’importance pour un enfant qui a des difficultés d’apprentissage à cause de son handicap d’être exposé à d’autres enfants qui réussissent facilement plutôt que d’être isolé. « Si vous regroupez les enfants qui ont des difficulté, ils n’auront pas de modèle. Tandis que si vous mettez des enfants de différents niveaux, ils vont s’entraider », assure-t-elle. Pour Marie-Claire Heerah, un enfant, « c’est une éponge ». 

Un peu de patience et de beaucoup de dévouement

Il suffit d’un peu de patience et de beaucoup de dévouement, confie-t-elle. Et si les écoles gouvernementaux adoptaient la même approche ? Marie-Claire Heerah assure qu’elle a déjà proposé l’idée au ministère de l’Éducation : « Si chaque école du gouvernement prenait deux enfants à leur charge, beaucoup de choses changeraient. » Une suggestion qui n’a pas été entendue.

Géraldine Aliphon, directrice d’Autisme Maurice, abonde dans le même sens. Si l’environnement doit être adapté pour accueillir des enfants autistes, dit-elle, les autres parents doivent aussi comprendre que leurs enfants ne vont pas prendre du retard dans leur apprentissage pour autant. « Il faut qu’il y ait plus de formation pour travailler avec ces enfants », explique-t-elle en s’appuyant sur l’exemple d’un jeune autiste qui a obtenu 6 unités aux examens de la PSAC et qui a été admis dans un collège très renommé dans le Nord.

Chez Autisme Maurice, tous les enseignants sont formés par les enseignants spécialisés de la Réunion. De plus une classe ne comprend pas plus de 10 élèves, avec deux éducateurs. Tous les meubles sont adaptés aux besoins des enfants autistes. Chacun a un programme d’éducation individualisé. Ce programme est mis en place par une équipe de professionnels composée de psychologues, d’éducateurs, d’orthophonistes et de psychothérapeutes.

Avec un tel soutien et suivi, certains enfants peuvent par la suite rejoindre une école ‘mainstream’. Ils ne sont pas condamnés à rester dans une école spécialisée. Mais il faut bien passer par la case de l’école spécialisée avant. « A Maurice, nous avons un système élitiste où nous n’avons pas le temps de nous arrêter sur un enfant en difficulté. Malgré tout le progrès qu’un élève autiste peut faire, il y aura toujours ce petit retard comme prétexte pour l’exclure », s’insurge Géraldine Aliphon.

 « Certaines institutions sont effrayées par la gravité l’épilepsie »

Les enfants souffrant l’épilepsie ne sont pas non plus épargnés par ce phénomène d’exclusion. Yousouff Noormamode, président de l’EDYCS Group, ONG dédiée aux épileptiques, raconte : « Certaines institutions sont effrayées par la gravité l’épilepsie et le manque de formation des enseignants. Elles préfèrent demander aux parents de caser leur enfant dans un milieu qui serait plus adéquat, comme une école spécialisée. »

Une solution facile ? Sans doute. « Aussi longtemps que l’enfant est brillant à l’école et mène une vie comme les autres enfants, nous ne voyons aucune raison de le retirer du mainstream », assure le président de l’EDYCS Group. Reste que les parents ont la responsabilité d’informer l’établissement dès que leur enfant est diagnostiqué afin de mettre en place un protocole en cas d’urgence. 

Le système éducatif mauricien est à la traîne

Le fait de savoir qu’un élève est épileptique n’aide pas forcément quand on ignore les premiers gestes en cas d’urgence. Ici encore, ce ne sont pas les autorités qui font l’effort de former les enseignants, mais bien la société civile. L’EDYCS group a lancé un réseau intitulé EDYCS Epilepsy School Network l’an dernier. Ce réseau regroupe une vingtaine d’établissements primaires et secondaires. Ils ont effectué deux sessions de formation destinées à une quarantaine d’enseignants sur la gestion de l’épilepsie. Pour cette année, le groupe prévoit de faire une formation auprès de 500 enseignants du pré-primaire de Maurice et de Rodrigues.

Dharam Gokhool, ancien ministre de l’Éducation, reconnait que le système éducatif mauricien est à la traîne en ce qui concerne l’intégration des élèves handicapés : « On ne doit pas séparer ces enfants, mais comme il n’y a pas de personnel qualifié, ils doivent être pris en charge par les écoles spécialisées. » 

Le projet de création d’un Special Education Needs Authority (SENA) a été préparé en 2006 par Gilberte Chung, directrice du Service diocésain de l’éducation catholique (SeDEC) et le Dr Cyril Dalais, mais ce n’est que l’année dernière que cette autorité a été créée. « Le manque de financement et de ressources humaines existent toujours », prévient cependant Dharam Gokhool.

discrimination | éducation | enfants | handicap



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