Abus sexuels: pourquoi des enfants se transforment en agresseurs

27 février 2020

enfants, abus sexuels, éducation sexuelle

(Photo d’illustration) Filles et garçons ne seraient pas logés à la même enseigne au niveau de l’éducation sexuelle dans les écoles primaires.

Une fillette de 5 ans abusée sexuellement par un garçonnet de 9 ans… Ce cas, rapporté dans la presse il y a quelques jours, nest pas isolé. De nos jours, les enfants subissent une exposition précoce à la sexualité qui savère néfaste pour leur développement. Attouchements, viols et autres sévices, autant de cas dabus sexuels dont les auteurs sont des mineurs de moins de 13 ans. Nest-il pas temps de les sensibiliser dès le plus jeune âge ?

Outre au sein de la cellule familiale, l’éducation sexuelle est enseignée dans certaines écoles primaires, quelles soient confessionnelles, gouvernementales ou privées. Dans les milieux concernés, on affirme que cette thématique est mieux enseignée dans les établissements catholiques. Sur lannée scolaire, les élèves de Grade 5 ont droit à deux sessions dune cinquantaine de minutes et ceux de Grade 6, quatre sessions d’éducation sexuelle. Celles-ci englobent la connaissance de lanatomie et des maladies sexuellement transmissibles.

Les parents sont également invités à venir suivre des sessions sur comment aborder la sexualité avec leurs enfants. Les spécialistes qui animent ces classes sont envoyés par le Service diocésain de l’éducation catholique (SDEC). Les écoles privées vont dans le même sens avec une session trimestrielle.

«Nous sommes souvent pris pour cibles par les parents des petits agresseurs»

On ne peut en dire de même du côté des écoles gouvernementales. Ces institutions ont des classes traitant de la sexualité seulement une ou deux fois lannée. Ce sont les officiers de la Mauritius Family Planning & Welfare Association (MFPWA) qui dispensent les causeries. Ce qui ressort de notre enquête, c’est que les garçons sont très souvent exclus de ces sessions.

«Pour linstant, nous n’avons accès qu’à 30 écoles primaires à travers lîle. Les cours d’éducation sexuelle ont lieu trois fois sur une période de deux trimestres», explique Vidya Charan, directrice de la MFPWA. Les filles et les garçons sont parfois séparés durant les classes, dépendant des thématiques. «Quand un sujet tel que la puberté est abordé, lenfant sera plus à laise de poser des questions sur sa sexualité parmi ceux du même sexe», dit-elle. La sexualité, le VIH, la violence et la famille sont des sujets abordés avec la classe entière. La MFPWA, qui dispense des sessions d’éducation sexuelle dans les écoles depuis une trentaine dannées, met laccent sur limportance de la connaissance de la sexualité à un jeune âge. Dautant que lenfant est exposé à une panoplie dimages avec les nouvelles technologies. Cela expliquerait la hausse du nombre de cas dabus sexuels entre mineurs.

Pour mieux comprendre la situation dans les écoles, nous sommes allés à la rencontre de parents et d’enseignants. Jaysie, enseignante dans une école confessionnel, sensibilise constamment ses élèves sur les retombés dune sexualité précoce. «En cas d’abus sexuel, on rapporte le cas au maître d’école puis à la police. Même si nous essayons de bien faire, nous sommes souvent pris pour cibles par les parents des petits agresseurs. J’ai moi-même subi des menaces de mort en voulant protéger une petite fille victime d’attouchements», confie cette enseignante de Grade 4.

«La sexualité nest pas quune histoire de fille»

Justine Marengo avance, de son côté, que son fils na jamais suivi de classe d’éducation sexuelle, contrairement à ses filles. Elle déplore le fait que les garçons ne soient pas davantage impliqués. «La sexualité nest pas quune histoire de fille. Il faut aussi éduquer nos fils pour éviter de futurs cas d’abus sexuels ou de même de grossesses précoces», fait ressortir cette mère de famille.

Le fils de Linda Pierre-Louis a, lui, eu des classes d’éducation sexuelle au sein de son école. Cependant, elle désapprouve la façon dont ceux-ci se sont déroulés. «Mon fils ma expliqué qu’on séparait les filles des garçons lors des classes. Je trouve cela désolant car l’anatomie et le développement du corps humain concernent les deux. Les filles doivent aussi connaître comment fonctionne le corps des garçons et vice versa.»

Alors que les parents des garçons ayant commis une agression n’éprouvent pas forcément de difficultés à faire face à un cas dabus sexuel, ce nest pas la même chose pour des filles. A linstar de Catherine Prosper, dont la fille âgée de 9 ans a subi des attouchements de la part dun de ses camarades de classe. «Ma fille m’a dit quelle a subi des attouchements. Lorsque je suis allée rapporter le cas au maître d’école, il a simplement convoqué les parents du garçon en lui disant de ne pas approcher ma fille et que sil recommençait il serait puni», lâche la jeune mère. Est-ce que des classes plus explicites sur la sexualité ne seraient pas une bonne chose ? A cette question, cette mère de famille répond que non. Selon elle, cela encouragerait les enfants à commettre des abus sexuels.

Pamela Parsooramen témoigne, elle, du calvaire qua vécu sa fille de 11 ans après quelle a parlé de menstruation à son cousin du même âge. «Tous les copains de mon neveu ont commencé à se moquer de ma fille. Ils l’appellent ‘règles’ et lui demandent de leur montrer comment sont ses menstruations. Heureusement, ma fille est très mature et arrive à gérer ces remarques. Cependant, je pense que de meilleures explications sur tout ce qui englobe la sexualité pourraient contribuer à éviter que ce genre d’incident ne se produise», déclare cette habitante de Terre-Rouge.

«A l’école, l’accent est mis sur les examens, pas sur la transformation de lenfant»

En revanche, pour le pédagogue Faizal Jeerooburkhan, donner linformation ne suffit pas et ne changera pas grand-chose. «Le plus important nest pas dinclure l’éducation sexuelle mais de savoir quelle pédagogie utiliser pour cette discipline», insiste-t-il. Une pédagogie active est requise, ce qui permettrait à lenfant de simpliquer dans les débats. Il faut en outre transformer leur façon de penser et de se comporter dans la société. Pour aboutir à cela, les enseignants doivent être formés. «A l’école, l’accent est mis sur les examens. La transformation de lenfant ne compte pas. Ce genre d’éducation na pas sa place à Maurice», sinsurge le pédagogue.

Mireille Martin, ancienne ministre de l’Egalité des genres, avance quintroduire une classe d’éducation sexuelle dans le cursus scolaire dépend de la volonté du gouvernement. «Il faut une approche globale parmi les mineurs et pas seulement dans le milieu scolaire.» Il est, selon l’ancienne ministre, impératif de parler de la sexualité sans aucun tabou, de ses conséquences et de ce que la loi prévoit. «Les abus sexuels parmi les mineurs ne sont malheureusement pas un fait nouveau. Cependant la situation est de plus en plus alarmante à cause du manque dinformations et de prévention.»

«Tout auteur de violence sexuelle a besoin d’être pris en charge et accompagné»

Pour mieux comprendre ce phénomène de sexualité précoce, nous avons sollicité la psychosociologue Mélanie Vigier de Latour-Bérenger. « La vie sensorielle des enfants commence dès la vie intra utérine. C’est lattachement qui est au cœur de la sexualité des enfants. Leur sexualité est différente de celle des adultes», indique la psychosociologue.  Concernant les causes des abus sexuels, la psychosociologue prend comme référence les études du Dr Lemitre, expert qui travaille avec les mineurs auteurs dagressions sexuelles. Ces derniers ont souvent subi des traumatismes graves, de la violence physique, psychologique ou sexuelle, des carences affectives, un manque de soins et damour et une absence de regard parental positif et valorisant. Ils se sentent disqualifiés, ce qui engendre des défaillances dans leur construction.

Les mineurs qui portent atteinte à des jeunes enfants fonctionnent différemment que ceux qui portent atteinte à des victimes du même âge ou plus âgées. Tout auteur de violence sexuelle a besoin d’être pris en charge et accompagné si lon veut éviter que ne se perpétuent les cycles de relations violentes, souligne Mélanie Vigier de Latour-Bérenger. Il est fondamental qu’ils prennent conscience de la gravité des conséquences de leurs actes illégaux, criminels ou délictueux.

Le développement sexuel des enfants

La psychosociologue Mélanie Vigier de Latour-Bérenger rappelle que le développement sexuel de l’enfant se fait en plusieurs étapes.  
  • De 0 à 15 mois, l’enfant cherche le plaisir, les sensations, le contact. Dans cette phase, il y a la découverte anatomique et sensorielle des sexes. La vie sensorielle se poursuit dans le sommeil, par des lubrifications vaginales ou phases érectiles.
     Le bébé, « boule de sensualité » selon J.Robert, cherche le contact avec la bouche, le toucher, la tétée, etc. Le toucher affectif est capital pour son développement et son estime de soi. Il a là, dans le maternage, ses premières expériences du plaisir.
  • Vers 1-3 ans : la sexualité est ostensible, l’enfant se touche le sexe publiquement.
  • De 3 à 6 ans, c’est la phase œdipienne, étape maturative qui aide l’enfant à se situer dans ses attachements et ses relations aux autres.  Etape fixant la différence des sexes, les préférences sexuelles. C’est aussi une phase d’apprentissage des règles et interdits liés à la sexualité (dont l’inceste et le transgénérationnel). Etape de compréhension du fonctionnement du corps. Les jeux du «ti docteur» se font dans cette phase en principe, vers 4-5 ans.
  • De 5/6 ans à 10 ans, c’est la phase expérimentale, d’intégration des tabous sociaux liés à la sexualité, l’enfant se tourne vers ses pairs. Il a moins d’intérêt à la sexualité, mais s’intéresse à la grossesse, naissance des bébés, filiation, reproduction, mariage, etc.
  • De 10 à 13 ans: c’est la pré-adolescence, phase de préoccupation sexuelle, l’enfant veut savoir « comment ça marche ».  La sexualité est souvent platonique pendant cette phase.
  • Puis de 14 à 18 ans vient ladolescence, lentrée dans la puberté, la masturbation, les premiers flirts et lentrée dans la sexualité génitale. Lintérêt des enfants à la sexualité est donc normal.

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