Dés-extinction du dodo: un rêve fou encore loin d’être réalisable

9 février 2020

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Des scientifiques prennent un peu d’ADN d’un animal originaire de Maurice éteint depuis longtemps. Ils l’injectent dans l’oeuf d’un oiseau au génome similaire pour ramener à la vie l’espèce disparue et relâcher les spécimens dans un parc. Non, il ne s’agit pas d’un spinoff mauricien de Jurassic Park, mais bien d’un projet pour la résurrection du dodo.

Joey van Koningsbruggen et Mahsa Fartous, deux volontaires qui essaient de réunir les fonds pour le projet, étaient récemment à Maurice pour en parler. Le dodo pourrait refaire son apparition sur le sol mauricien d’ici 20 ans, avancent-ils. Sauf que les scientifiques qui travaillent sur la technologie impliquée sont moins optimistes.

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Mahsa Fartous et Joey van Koningsbruggen, deux lobbyistes de l’ONG internationale Revive & Restore.

C’est dans les locaux de Zordi que nous avons rencontré Joey van Koningsbruggen et Mahsa Fartous. Les deux parlent avec enthousiasme de Revive & Restore, une ONG qui travaille activement à la dés-extinction du pigeon migrateur et espère pouvoir faire de même avec le dodo. «Le dodo est également une espèce de pigeon et il est donc possible de le ramener également», affirme Joey van Koningsbruggen. Il mentionne le travail de Beth Shapiro, chercheuse en génétique à l’université de Californie. Cette dernière est parvenue récemment à décoder le code génétique du dodo.

«En fait, l’ADN du dodo est à 95 % similaire à celle du pigeon Nicobar !» s’enthousiasme notre interlocuteur. L’important c’est que le pigeon Nicobar existe encore. En théorie, en utilisant une technique appelée «transfert de cellules germinales primordiales», des gènes modifiés (ceux du dodo) peuvent être injectés dans les cellules reproductives d’un oiseau vivant, notamment le pigeon Nicobar dans le cas présent. Au lieu d’un pigeon identique au parent, ce serait un petit dodo qui en sortirait.

«Cette technologie a déjà été développée pour le poulet, mais pas encore pour les pigeons», souligne Mahsa Fartous. Selon Joey van Koningsbruggen et elle, il faudrait cinq ans de travail pour adapter la technologie existante. Puis, il faudrait passer à l’étape de la création des nouveaux dodos à proprement parler, ce qui pourrait prendre entre 10 et 15 ans. «Le développement de la technologie devrait coûter USD 150 000 par an pour les cinq premières années. Pour le total, y compris la création des premiers dodos, cela coûterait environ USD 1,5 million», estime Joey van Koningsbruggen. Soit Rs 55,5 millions.

Scepticisme

Doit-on se montrer sceptique ? Un peu. Beth Shapiro, contactée par courriel, explique d’emblée que rien n’est sûr concernant les similarités entre les gènes du dodo et ceux du pigeon Nicobar. «Je ne suis pas sûre d’où provient ce chiffre de 95 %. Nous venons juste de terminer le séquençage du génome du dodo et nous sommes en plein processus de comparaison avec celui du pigeon Nicobar pour déterminer leurs liens.»

La chercheuse semble également sceptique concernant les estimations des coûts pour la dés-extinction du dodo. «Pour les cinq premières années, il faudra développer la technique qui n’existe pas pour les pigeons. Pour les quinze années suivantes, ce serait plutôt USD 1,5 million par an. Peut-être même deux à trois fois plus.» Donc, au bas mot, Rs 837,9 millions, voire Rs 1,8 milliard ou Rs 2,5 milliards. À des années lumières des Rs 55,5 millions mentionnées par Joey van Koningsbruggen et Mahsa Fartous.

L’ONG derrière les projets existants de dés-extinction, à savoir Revive & Restore, se montre également nuancée sur la question. Heather Sparks, la responsable de communication, a apporté quelques clarifications via courriel également. «Il n’y a pas de scientifique qui travaille actuellement sur la dés-extinction du dodo. La dés-extinction du dodo est quelque chose dont Revive & Restore discute depuis un moment.» Le lead scientist de Revive & Restore, Ben Novak, était notamment venu présenter la possibilité d’un retour du dodo à Maurice en 2016 déjà. Il avait rencontré des représentants du Bureau du Premier ministre.

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Ben Novak, ‘lead scientist’ de Revive & Restore, était à Maurice en 2016 pour présenter la possibilité d’un retour du dodo.

Heather Sparks précise également que les 95 % de similarités entre le pigeon Nicobar et le dodo sont une estimation «basée sur ce que l’on sait des autres espèces de pigeon». «Revive & Restore a commencé un programme de reproduction aviaire, notamment la grouse, en utilisant la technique de transfert de cellules germinales primordiales au Texas A&M University*, ajoute-t-elle. L’objectif est de développer cette technique pour les oiseaux sauvages. Si cela marche, nous espérons pouvoir l’étendre à d’autres espèces d’oiseaux comme le pigeon.»

Concernant les coûts, Ben Novak a en fait estimé qu’il faudrait USD 1,5 million pour développer la technologie, plus USD 150 000 par an sur une décennie. Soit Rs 110 millions. Des estimations très différentes de celles de Beth Shapiro. Une remarque de cette dernière peut toutefois expliquer pourquoi. «Il nous manque actuellement le savoir-faire technique pour réaliser un tel projet. Donc, je crois qu’il est impossible de dire à quelle vitesse on pourrait le réaliser ou combien cela coûterait.»

Difficile mais pas impossible

N’empêche que l’idée d’une résurrection du dodo n’est pas forcément rejetée à Maurice. Joey van Koningsbruggen et Mahsa Fartous ont rencontré Vikash Tatayah, Conservative Manager de la Mauritius Wildlife Foundation (MWF), lors de leur passage à Maurice. «Ils en sont encore au tout début de leur projet, fait-il remarquer. Techniquement, c’est très difficile, mais pas impossible avec les avancées que fait la science.» Si le projet «n’est pas totalement farfelu» selon le conservateur de la MWF, il y a d’autres facteurs à prendre en considération. D’abord, l’habitat naturel du dodo, réduit à une peau de chagrin, et ensuite les prédateurs qui ont causé sa perte initiale, dont les singes et les mangoustes qui affectionnaient leurs oeufs.

«Si on parvient à résoudre ces problèmes et à créer un parc ou quelques dodos peuvent s’épanouir, ils peuvent aider à répandre les plantes endémiques comme le tambalacoque que le dodo affectionnait.» L’écosystème originel de Maurice serait en partie rétabli. Sans compter les millions de touristes qui viendraient à Maurice chaque année pour apercevoir l’oiseau légendaire devenu synonyme d’extinction.

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