«Derrière chaque travailleuse du sexe se cache une femme et une mère»

8 mars 2020

travailleuses du sexe, Journée internationale des droits des femmes

Cindy souhaite que la société change le regard qu’elle porte sur les travailleuses du sexe.

«Person pa parfé. Nou enn mama nou ek nou osi nou enan santiman dan nou leker. Sanz inpe zot regar anver nou…» C’est le cri du coeur de Cindy, une travailleuse du sexe. Chaque jour, des femmes comme elle livrent leur corps à des inconnus afin d’avoir de quoi vivre en retour. Elles subissent les pires humiliations, insultes, violences et abus sexuels. A cela s’ajoute ce que ces péripatéticiennes considèrent comme les abus institutionnels dont elles sont victimes. En effet, en plus de subir toutes sortes de sévices, elles se voient souvent retirer la garde de leurs enfants.

«Les droits des mères travailleuses du sexe est un thème qui n’est pas assez évoqué à Maurice», souligne Marwan Dawood, le responsable de communication de Parapli Rouz. Pour mettre en lumière cette situation, l’association, qui oeuvre pour l’émancipation de ces femmes, a organisé, samedi 29 février, une marche pacifique à Rose-Hill. Celle-ci a été placée sous le thème  «Mo Zenfant bizin lamour ek lattention, li pas bizin foss zizmen. Respekté Nou». Marwan Dawood avance que trop de travailleuses du sexe subissent des discriminations concernant la garde de leurs enfants. Les membres de Parapli Rouz montrent du doigt les services hospitaliers, la police, le système judiciaire et la Child Development Unit (CDU) qui bafouent leurs droits humains et leurs droits de mère. «Peut-on enlever le droit à une personne d’enfanter ? Peut-on enlever le droit à une mère de donner le sein à son enfant ?»

travailleuses du sexe, Parapli Rouz, Journée internationale des droits des femmes

L’association Parapli Rouz a organisé une marche pacifique samedi 29 février pour sensibiliser la population aux droits des travailleuses du sexe.

Depuis que l’association défend les droits des travailleuses du sexe, plusieurs cas ont été enregistrés. Le plus marquant est sans doute celui de Sharone St-Mart, travailleuse du sexe aujourd’hui âgée de 29 ans. En avril 2019, cette mère séropositive a été privée de la garde de son nouveau-né. Dans un premier temps, Sharone St-Mart apprend du personnel soignant de l’hôpital qu’elle ne pourrait pas avoir la garde de sa fille, en raison de sa profession et de sa maladie. Elle ne pouvait pas s’occuper d’un enfant en l’absence de son époux et du fait qu’elle était sous traitement de méthadone. C’est du moins ce que lui a dit un travailleur social présent ce jour-là. Après un mois de combat, grâce à l’association Parapli Rouz, et à sa persévérance, elle remporte la bataille. Et récupère finalement la garde de sa fille.

Dix mois après, Sharonne St-Mart brise cette étiquette qu’on lui avait collée. Âgée de 11 mois, sa fille se porte à merveille. Malgré des hauts et des bas, Sharonne St-Mart se révèle une mère exemplaire, comme le confirment les responsables de Parapli Rouz. D’ailleurs, elle assiste à diverses formations qu’offre l’association et s’engage pleinement dans leurs activités pour s’assurer que sa fille grandisse dans un environnement sain. 

«Etre une bonne mère n’est pas
seulement lié au travail que nous faisons»

Nous l’avons rencontrée dans les locaux de Parapli Rouz. «Je me porte bien. Anaelle (prénom de sa fille, Ndlr) et moi avons réussi là où beaucoup de personnes voulaient qu’on échoue. Je veux montrer au monde qu’être une bonne mère n’est pas seulement lié au travail que nous faisons. Mon enfant grandit dans de bonnes conditions», raconte Sharonne St-Mart. Cependant, cette jeune mère est consciente que certains veulent lui mettre des bâtons dans les roues. «Cela concerne principalement l’allocation des boîtes de lait de l’hôpital. Parfwa zot dire pena», dénonce-t-elle.

«Sharonne est une mère formidable, li pann get divan-deryer pou pran responsabilite so zanfan a la perfeksion», soulignent les responsables de Parapli Rouz. Ces derniers affirment qu’elle se donne à fond pour élever sa fille. Selon les protocoles de l’association, elle bénéficie de tout le soutien nécessaire chaque semaine pour assurer sa réhabilitation. 

 

Pas de discrimination, affirme lOmbudsperson for Children

Sollicitée pour une réaction, Rita Venkatasawmy, l’Ombudsperson for Children, est catégorique : il n’y a aucune discrimination à l’égard des travailleuses du sexe. La CDU intervient seulement lorsque les officiers estiment qu’il y a un danger au sein de la cellule familiale, indique-t-elle. «C’est pareil dans tout les cas. L’Emergency Protection Order est émis lorsque l’enfant est victime de violences ou d’abus sexuels. On retire l’enfant de la garde des parents pour le placer en sécurité dans les shelters. Mo invit zot dan mo biro pou explik zot lor drwa zot ban zanfan.»

Tout détachement maternel provoque de la souffrance

Selon le psychologue Vijay Ramajoloo, tout détachement maternel provoque de la souffrance. «Peu importe la façon de vivre de leur maman, du moment qu’on arrache un enfant de sa mère, il est privé de l’affection maternelle. Il faut expliquer à l’enfant pourquoi on l’a retiré de la garde de sa mère. Mais, il ne comprendra pas bien évidemment. On ne peut pas contredire les émotions d’un enfant qui vous dit que c’est avec elle qu’il a envie de vivre», fait-il ressortir.
Cette stigmatisation et cette idée reçue que les travailleuses du sexe sont indignes de s’occuper de leurs enfants à cause de leur profession, souligne-t-il, fait partie des mœurs. Or, pour le psychologue, «il ne faut surtout pas oublier que derrière chaque travailleuse du sexe se cache un humain, une femme et une mère».

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