Covid-19: mon isolement sur un bateau de croisière

7 avril 2020

Covid-19, isolement, Costa Rica, bateau de croisière

Le Mauricien est actuellement confiné sur le Costa Rica, en Italie.

Notre journaliste a recueilli le témoignage d’un Mauricien coincé à bord d’un bateau de croisière en pleine mer, en Italie. Nous avons fait le choix de restituer son récit à la première personne pour mieux transmettre son expérience personnelle et être au plus près de son vécu. C’est à travers Facebook Messenger qu’il a partagé son histoire. Le récit qui suit découle entièrement du témoignage de notre compatriote.

Enfermé dans une cabine du matin au soir en plein milieu de l’océan, je ferme les yeux. Je médite. On m’a souvent dit que la méditation est un profond voyage vers nos rêves. Mon rêve à moi, c’est de rentrer chez moi auprès de ceux que j’aime. Mais si la vie m’a appris une chose, c’est qu’on ne peut jamais tout avoir. J’essuie donc mes larmes, je prends mon mal en patience et j’entame mon 8e jour d’isolement sur le Costa Rica, ce bateau de croisière qui est mon lieu de travail.

Il est 5 heures. Je n’ai pas dormi de la nuit. Des images, des pensées, des souvenirs refont surface. Je me mets à genoux et je prie. Dieu, aide-nous, aide-moi à survivre car la déprime et l’inquiétude m’envahissent. Que c’est dur d’être tout seul. Ne pas avoir quelqu’un à qui parler, ne plus entendre les éclats de rire de ses amis ou encore partager un repas avec eux. Même si je suis loin de mon pays, de mes amis et de ma famille, la présence de mes collègues devenus aujourd’hui des amis, m’aidait à tenir le coup. D’ailleurs je pense souvent à eux. Ils sont également enfermés sur le bateau. Quelquefois, on se croise lors du déjeuner. Je leur souris et je suis sûr qu’ils en font de même derrière leur masque.

L’équipage nous fournit des jeux éducatifs pour faire passer le temps. Je suis à mon 10e mots croisés. Antilopes est le dernier mot à trouver pour finir la case. Lorsque tout cela sera terminé, je serais un as des mots tellement j’en ai joué.

Les crêpes de maman me manquent

7 heures. Le petit déjeuner est servi. Aujourd’hui, place à des œufs pochés accompagnés de biscottes, de confiture d’ananas, de divers fruits, de jus d’orange et de café. Succulent, me dit ma tête. Mon estomac, par contre, tient un tout autre discours. La nourriture est très bonne sur le bateau. Je connais les cuisiniers. Ils nous font leurs petits plats avec beaucoup d’amour. Mais j’avoue que les crêpes de maman me manquent. Le fameux café mauricien ou encore notre petit  «dipin diber fromaz». J’en ai l’eau à la bouche rien qu’en y pensant. Bref, je prends mon petit déjeuner sans trop me plaindre. Avoir de quoi manger à sa faim est un privilège, certains n’ont même pas droit à un morceau de pain rassis.

Petit déjeuner terminé. Je file à la douche. Un bon bain chaud s’impose. Après mon bain, place au sport. Aujourd’hui c’est cardio et exercices abdominaux. Lorsque l’isolement sera terminé, je serai taillé comme le catcher The Rock.

Covid-19, isolement, Costa Rica, bateau de croisière

Notre compatriote se réconforte comme il peut, comme en admirant le coucher du soleil.

Midi. Le déjeuner est servi. On peut sortir pour se servir. J’en profite pour respirer un peu d’air frais. On nous demande de faire vite et de retourner à notre cabine. J’appelle mes parents tout en prenant mon repas. Je sens mon cœur se réchauffer. Cela ne m’a jamais fait autant plaisir de les voir. On discute. Maman me donne les nouvelles de la famille. Elle semble inquiète mais elle répond le contraire lorsque je lui demande. J’ai tellement envie de les prendre dans mes bras. L’heure de raccrocher sonne et j’ai beaucoup de mal à appuyer sur ce petit bouton rouge. Mais il le faut. Après avoir raccroché, mon esprit se met à vagabonder. Dhull pourri, roti, minn frir ou encore un kebab. La nourriture mauricienne me manque, surtout le fameux curry de poulet au lait de coco de ma maman.

J’essaie de construire un rêve

La sonnerie de mon téléphone me ramène à la réalité. C’est un message d’une amie mauricienne qui prend de mes nouvelles. Je lui confie que je suis en isolement. Elle me demande si j’ai attrapé le  Covid-19. Non, je lui explique que pour éviter tout risque de contamination, les autorités italiennes ont demandé qu’on soit isolé. C’est une très bonne initiative, je trouve. On a ainsi moins de chances d’attraper la maladie. Heureusement qu’aucun cas positif n’a été enregistré sur le bateau. Elle est soulagée, me donne sa bénédiction et raccroche. Mes amis me manquent tellement. Nos sorties improvisées, nos balades en bord de mer ou encore nos soirées explosives. Je donnerais tout ce que j’ai pour revivre ces moments.

20 heures, l’heure du dîner a sonné. J’ai bizarrement très faim. J’avale mon assiette en un rien de temps. Je file à la douche, j’enfile mon pyjama et direction le lit. Place à un peu de musique. Cela m’aidera peut-être à m’endormir. Je ferme les yeux et j’essaie de construire un rêve. Là où cette pandémie n’est que le titre d’un film que j’irai voir avec mes amis à sa sortie. Je m’imagine avec mes cousins au bord de la plage sirotant une canne de bière accompagnée d’un poulet grillé. J’ai les larmes aux yeux. J’ai envie de rentrer mais les frontières sont fermés. Je me rassure en disant que je suis plus en sécurité sur le bateau que dans un centre de quarantaine à Maurice.

J’ai compris le sens de la vie

J’avoue que ces derniers jours, je suis devenus sage. J’ai compris le sens de la vie. J’ai compris que l’ingratitude est une erreur qui nous empêche d’avancer. J’ai également pris conscience que l’amour et l’amitié sont les biens les plus précieux qu’une personne puisse posséder. Un appel ou même un simple message dans un temps comme celui-là est plus réconfortant qu’un bon million de roupies.

Aujourd’hui je me promets de dire merci pour chaque petite bonne chose. J’ai compris qu’il fallait dire je t’aime dès que l’on en ressent le besoin. La vie est bien courte. Mais elle est belle. Il faut simplement choisir de la vivre avec son cœur.

bateau de croisière | Costa Rica | covid-19 | isolement



Les plus lus

Nouvel an chinois: bons baisers des Etats-Unis

Les souvenirs lui reviennent. Ceux de sa grand-mère s’affairant dans la cuisine. Le parfum qui se dégageait des bons pet...

Gaz ménager: découvrez les nouveaux prix des différentes bonbonnes

La baisse du prix des bonbonnes de 12 kilos, 6 kilos et 5 kilos prend effet à partir de ce vendredi 5 mai. Le ministre d...

Coronavirus: le SOS des artistes qui ont perdu leur gagne-pain

  «Mo nepli kone si mo pou ena manze pou donn mo fami ban mwa ki pe vini…» Le musicien Serge Bhodoo est rongé...

Dépossession de terres: les descendants d’esclaves attendent toujours réparation...

Enième effet d’annonce ou réelle volonté, politique surtout, de venir en aide aux victimes de dépossession de terres ? D...

À Rose-Hill : « Enquête policière » sur des ‘moutouk’

L’image était troublante. Au courant de cette semaine, un  client  a commandé un 'minn bwi' dans la région de Trèfles. À...