Covid-19: les policiers sous-équipés face à leur devoir

7 mai 2020

Covid-19, policiers, équipements

(crédit photo: Ashvin Striker) Depuis l’annonce des premiers cas de Covid-19 à Maurice, les policiers sont sur tous les fronts.

Une vingtaine de policiers ont été testés positifs au Covid-19 depuis les premiers cas à Maurice, en mars. Une vingtaine sur les quelque 13 000 officiers déployés sur le terrain pour s’assurer que le couvre-feu sanitaire est respecté par la population. Une vingtaine dont la contamination met en lumière la tâche difficile et dangereuse qui est la leur. Etaient-ils préparés à faire face à une telle situation ? Ont-ils reçu la formation adéquate ? Sont-ils suffisamment équipés ?

Les policiers sont sur tous les fronts. Ils font des contrôles aux barrages routiers. Sont postés devant les supermarchés. Assurent la sécurité lors du paiement de la pension de retraite et la distribution de denrées. Or, ils sont nombreux à déplorer leurs conditions de travail.

«Déjà que nous n’avions pas d’uniformes adéquats avant l’arrivée du Covid-19, maintenant nous faisons face à un manque d’équipements pour contrer ce virus !» lâche, sous le couvert de l’anonymat, un constable ayant plus d’une quinzaine d’années de service. Il évoque un manque de masques, gants et gels désinfectants.

«Nous n’avons pas eu de formation adéquate»

Un sergent de police d’une autre unité abonde dans le même sens. «On nous a offert un masque lavable. Mais est-ce efficace pour nous protéger ? Le gel désinfectant est distribué par poste de police ; qu’en est-il des policiers qui sont sur le terrain ? Comment se protègent-ils ?» Les deux officiers sont aussi unanimes sur le fait que c’est la première fois qu’ils sont confrontés à une pandémie. «Nous n’avons pas eu de formation adéquate. Notre vie est en jeu et la santé de nos familles aussi !»

Un inspecteur qui a connu plusieurs unités concède que «les 13 000 policiers n’ont pas tous reçu un masque, mais c’est notre devoir de servir la population. Nous nous sommes entraînés pour faire face à toutes les calamités, donc les policiers sont assez formés». Et cela, bien que ce soit «la première fois que nous sommes confrontés à une pandémie».

Ce manque d’équipements a été évoqué par la Police Officers Solidarity Union (POSU). Le président Jaylall Boojhawon a adressé un courrier au Bureau du Premier ministre, lundi 20 avril. Il affirme que les policiers ont le moral dans les chaussettes. «Ils sont démotivés et fatigués. Cela fait un mois qu’ils n’ont pas de congés. Ils font face à un problème de transport pour se rendre au boulot et rentrer chez eux. Durant une telle période, la police aurait dû bénéficier de tous les équipements. Les masques sont jetables et les policiers doivent utiliser leurs propres équipements.» Il fait ressortir qu’«un infirmier est en contact avec 10 patients alors qu’un policier sans protection est en contact avec une moyenne de 100 personnes au quotidien. Qui est le plus à risque ?»

Le syndicaliste va encore plus loin. Et remet en question la formation que reçoivent les policiers. «Pendant les six mois d’entraînement, les aspirants se concentrent uniquement sur les lois et les entraînements physiques, mais rien sur la situation réelle. Le training d’il y a 30 ans ne peut être appliqué en 2020. Il faut le moderniser et l’adapter au contexte actuel !» fulmine Jaylall Boojhawon. Il allègue même qu’en raison d’un manque de formation et d’équipements, un policier a été infecté au Covid-19 dans un centre de quarantaine et a contaminé trois membres de sa famille. Idem pour un autre policier affecté au Passport and Immigration Office.

Sudden Tempest

Zordi s’est tourné vers un jeune policier qui a récemment quitté la Police Training School de Beau-Bassin. La formation dont bénéficient les aspirants policiers les prépare-t-elle à toutes les éventualités ? «Nous sommes entraînés beaucoup plus psychologiquement que physiquement. La police a le moral fort !» La recrue parle des «Alert Codes and Level of Mobilization» ; chaque policier doit être prêt lorsque le pays a besoin de lui. «Nous avons appris notre rôle et l’aspect du Sudden Tempest, c’est-à-dire que nous devons être prêts, mobilize at once».

Mais encore ? La recrue affirme que les aspirants policiers ont déjà une notion de comment éviter une éventuelle contamination lors des six mois de formation. «Nous avons eu des sessions sur la prévention de la contamination et comment éviter d’être contaminé.» Du reste, pour lui, c’est le devoir d’un policier d’être au service de la population. «L’un des aspects du Principle Of Police Ethics stipule : “Accept responsibility for their own self-development, continually seeking to improve the way in which they serve the community”», rappelle-t-il.

N’empêche que la peur d’une contamination est réelle. En témoignent les propos d’une policière régulièrement postée devant un supermarché dans les hautes Plaines-Wilhems. Elle fait partie des quelque 3 000 officiers déployés devant les grandes surfaces. «Nous sommes en contact avec les habitants au quotidien. Sans masque, nous ne pouvons pas nous protéger», dit-elle. De confier que lorsqu’elle rentre chez elle, «j’ai peur de toucher mon enfant en bas âge car je crains d’être contaminée. Je demande à ma hiérarchie aux Casernes centrales plus de soutien».

Des équipements en donation

Sollicitée, la cellule de communication de la police réfute que le moral des policiers est bas. D’ailleurs, fait remarquer l’inspecteur Shiva Coothen, aucune plainte en ce sens n’a été enregistrée. «En cette période d’urgence sanitaire, les policiers sont appelés à rester mobilisés et assurer la sécurité dans le pays. De ce fait, ils n’obtiennent pas de congé. Nous saluons leurs efforts inébranlables.»

Le gradé précise que les policiers ont bénéficié d’une formation adéquate. «Ils ne sont pas 13 000 à être sur le terrain au quotidien, nous opérons sur une base de rotation. Les policiers sont mentalement et physiquement prêts», insiste le porte-parole de la police. Concernant les allégations d’un manque d’équipements, l’inspecteur Shiva Coothen avance que la police reçoit plusieurs donations d’équipements, dont des masques lavables. «Plusieurs ONG et sociétés nous offrent des équipements.»

Un policier arrêté pour torture

Depuis le début du confinement, les policiers sont partout ; même sur les réseaux sociaux ! Tantôt leurs actes ont été applaudis, tantôt ceux-ci ont été vivement condamnés. D’ailleurs, un membre des forces de l’ordre a été arrêté pour torture dans un cas de brutalité alléguée suivant la circulation de plusieurs vidéos sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’un constable de 24 ans posté à Bain-des-Dames.
L’enquête est menée par le surintendant de police Ragbur, sous la supervision du Deputy Commissioner of Police Bhojoo. Face à la presse, mercredi 25 mars, le commissaire de police, Mario Nobin, avait mis en garde les «éléments indésirables». Il avait précisé n’avoir jamais donné de consignes pour «servi lafors».

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