Covid-19: l’ennemi invisible, une guerre pas comme les autres

3 avril 2020

Covid-19, Seconde Guerre mondiale, ancien combattant, Alex Ladouceur

Alex Ladouceur, 93 ans, a été pendant trois ans en première ligne en Egypte, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il a connu deux guerres. L’une complètement différente de l’autre. La première, qui remonte à 1946, consistait à être en première ligne. La seconde se passe en 2020, où sa mission consiste à respecter le confinement. Récit d’un ancien combattant.

«Nous sommes tous emprisonnés. Nous sommes tous vulnérables, surtout face à l’indiscipline des Mauriciens.» C’est le récit d’Alex Ladouceur, âgé de 93 ans, un ancien combattant qui a été en première ligne lors de la guerre opposant la Palestine et l’Israël, après la Seconde Guerre mondiale. Soixante-quatorze ans après, c’est une autre guerre qu’il est appelé à mener. L’ennemi invisible qu’il est appelé à combattre en 2020, le Covid-19, n’a ni mitraillettes, ni grenades, mais est pourtant tout aussi dangereux, si ce n’est plus. Car il est invisible et ses attaques peuvent ainsi être plus meurtrières.

Le combat mené en 1946 était complètement diffèrent. Alex Ladouceur avait alors 18 ans. «Nous étions parmi ceux qui pensaient aux autres, nous considérions cela comme un devoir. Nous étions à la fleur de l’âge, avec beaucoup d’ambition et de volonté. Nous n’appréhendions rien de notre aventure en Egypte», se souvient-il.

«On s’entraidait et on vivait
avec le strict minimum»

En 2020, tout est différent. Le nonagénaire déplore aujourd’hui le manque de solidarité. «L’indiscipline de certains Mauriciens est un problème majeur en ce moment.» Il fait comprendre que les Mauriciens ne sont pas conscients et s’exposent au danger en sillonnant les rues sans aucune raison. «Les Mauriciens se plaignent et le ravitaillement est devenu une obsession pour eux.» Alors qu’à l’époque, souligne-t-il, il y avait une solidarité qui régnait dans le pays. «On s’entraidait et on vivait avec le strict minimum.» Manioc, patate, agriculture organique… C’est ce qu’on mangeait à l’époque, sans se ruer dans les grandes surfaces.

Alex Ladouceur aura été en première ligne pendant trois ans avant son retour à Maurice. A l’époque, Maurice n’avait pas subi de grandes séquelles. Contrairement à aujourd’hui, la liberté de mouvement n’était pas un luxe. «On n’avait pas à se préoccuper des instructions de l’OMS comme c’est le cas aujourd’hui, témoigne-t-il. Nous étions libre de voyager. Aucune distance à respecter avec son prochain en public.» Il déplore le fait que ce virus a, en 2020, transformé les gens en prisonniers. «Nous sommes emprisonnés psychologiquement et physiquement.»

Covid-19, Seconde Guerre mondiale, ancien combattant

Alex Ladouceur (debout au centre) avait 18 ans lorsqu’il est parti au front.

L’ancien combattant se dit d’ailleurs doublement concerné par les mesures de confinement ; il est conscient qu’il est plus à risque en raison de son âge avancé. «Lespri pa anplas.» Alex Ladouceur ne ressentait pas cette frustration soixante-quatorze ans de cela. Il ajoute que «preske tou dimounn ti pe travay pou propriete. Tablisma ti pe donn rasion». À l’époque, il n’y avait pas de banque, les employés devaient faire la queue pour avoir leur salaire à l’établissement public. «On recevait de l’argent en main avec l’établissement directement.»

Lorsqu’il avait regagné le pays, après trois ans il a donné une autre tournure à sa carrière en devenant soudeur. Un choix qui s’est avéré payant car cela lui a permis de bien gagner sa vie. C’est cet emploi qui l’a aidé à subvenir aux besoins de sa famille. Aujourd’hui, l’argent que gagne un soudeur n’est pas suffisant. «Avec les Rs 5 100 que contribue le gouvernement, ce n’est pas possible de subvenir aux besoins de la famille», s’indigne-t-il.

«L’ennemi est bel et bien là»

L’historien Jocelyn Chan Low indique, lui aussi, que Maurice n’avait pas vraiment souffert de la Seconde Guerre mondiale car nous étions loin. Mais c’est toutefois en termes d’approvisionnements que le pays avait été touché. «La guerre se ressentait par la pénurie car les échanges commerciaux ont été bouleversés», énonce-t-il.

La situation entre l’après-guerre et la crise du coronavirus est différente. D’ailleurs, fait remarquer l’historien, l’approvisionnement n’est pour le moment pas un problème. Il déplore néanmoins le manque de direction au niveau des supermarchés. «Le online buying de certains supermarchés n’est pas performant.» Il parle d’un problème d’organisation et de distribution. Une des solutions, selon Jocelyn Chan Low est de retourner au  «backyard gardening system» et faire de sorte à rendre plus efficaces les institutions responsables de l’alimentation.

Jocelyn Chan Low tire la sonnette d’alarme. Il souligne la gravité de la pandémie Covid-19. «Si on parle de l’ennemi, le virus est bel et bien là.»

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