[Covid-19] Cours scolaires télévisés: les stéréotypes sexistes à l’honneur

11 avril 2020

Covid-19, confinement, stéréotypes sexistes, éducation, cours à distance

Voici les qualités dune bonne mère, selon le MIE.

Et ça continue. Il ne s’agit pas, cette fois, de fautes grammaticales mais d’une publicité gratuite de stéréotypes. Stéréotypes sur le «rôle» de l’homme et de la femme dans la société, du père et de la mère. Stéréotypes véhiculés dans des émissions éducatives du Mauritius Institute of Education (MIE), dans le cadre des cours à distance, sur la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC).

Jeudi 9 avril, sur la Senn Kreol. Peu après 10 heures, une leçon de Values and Citizenship Education est diffusée sur la MBC à l’intention des élèves de Grade 5. Des visuels sont alors diffusés sur les qualités que doivent posséder la maman et le papa. Nombreux sont les parents à avoir alors grincé des dents.

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Les qualités que doit posséder un père de famille, selon les cours de Values and Citizenship Education.

«La mère est montrée avec sa fille. On nous fait comprendre que les femmes doivent rester entre elles et les hommes, entre eux», analyse Bruno Cunniah, professeur de littérature féministe à l’université de Maurice. Dès un jeune âge, fait-il comprendre, la société établit une division théorique entre le monde des garçons et celui des filles. «Cette situation a les dérives qu’on connaît, telles que la disparité sur le plan des salaires, la représentation des femmes aux postes de direction ou aux plus hauts échelons de la politique», explique-t-il.

Le chargé de cours va plus loin. Selon Bruno Cunniah, l’iconographie est particulièrement insidieuse quant à l’idéologie que veut véhiculer le ou les auteurs du texte. La fille est dépeinte dans une situation affective, elle se trouve dans les bras de sa mère et semble y trouver une certaine plénitude. Cela est différent pour le garçon qui n’est jamais dépeint comme un individu qui a besoin d’affection. Il s’amuse en entrant en contact avec son environnement tandis que la fille trouve son bonheur en favorisant des échanges avec sa mère principalement. «En d’autres termes, un garçon doit jouir de plus de liberté pour explorer son univers. Par contre, une fille n’a pas besoin de liberté pour aller à la rencontre du monde car celui-ci se limite à l’univers des femmes, ici représenté par la mère», relate-t-il.

«La fonction principale de la femme est l’amour»

Bruno Cunniah en rajoute une couche en parlant de la philosophie qui se rapporte à un système d’idées. Cela sert souvent à formuler une vision du monde qui est acceptée ou pas par des individus. La première qualité de la mère est «Loving» tandis que celle du père est «protective». Cette différence nous apprend beaucoup sur le type de société promue par le ou les auteurs. «Dans ce monde, la fonction principale de la femme est l’amour : l’amour de son époux, l’amour de ses enfants et finalement l’amour de sa famille. Quant à l’homme, sa fonction est de protéger tout ce qui est autour de lui.»

Trisha Gukhool, Gender Consultant, rappelle, de son côté, que les processus de socialisation primaire et secondaire d’un enfant sont des étapes cruciales dans sa vie pour comprendre le monde dans lequel il vit. «En apprenant à l’enfant dès son plus jeune âge que la mère est aimante, attentionnée et compréhensive, mais que le père est surtout protecteur, affectueux et patient, le système éducatif, qui fait partie du processus de socialisation secondaire, se contente de normaliser les rôles, les comportements et les stéréotypes sexuels et d’apprendre à l’enfant exactement la même chose», lance-t-elle.

«L’éducation est la clé…»

Nous pouvons nous demander pourquoi notre société ou même les sociétés du monde entier sont patriarcales et sexistes, mais parfois il n’est pas difficile de le comprendre, dit-elle. «De nombreuses organisations comme les Nations unies, l’Organisation de coopération et de développement économiques et l’Union européenne  sont convaincues que l’éducation est la clé de la lutte contre la discrimination et l’inégalité entre les sexes. Et il incombe à notre système éducatif de veiller à ce que le matériel pédagogique tienne compte des spécificités des hommes et des femmes», fait-elle comprendre.

Zordi a également sollicité Om Varma, directeur du MIE. Nous l’avons d’abord interrogé, une nouvelle fois, sur la présence des fautes grammaticales dans les cours télévisés. Il soutient que ce n’est que jeudi que la contre-vérification a débuté. D’ajouter que ces émissions éducatives ont été réalisées rapidement. Quid des stéréotypes ? «On ne peut pas tout voir, mais on prendra tout ceci en considération», devait-il répondre. Avant de faire remarquer que le monde des médias est rempli de stéréotypes.

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