Confinés, les hommes religieux racontent: «Nous devons prier beaucoup»

13 avril 2020

Covid-19, confinement, religion

Le silence fait écho dans l’église vide. Il emplit l’espace dans la mosquée. Témoigne de l’absence exceptionnelle des fidèles aux temple et kovil. Les divers lieux de culte du pays sont déserts. Les églises sont restées fermées pour la Pâques, les mosquées le demeureront également pour le début du ramadan, le 23 avril, la période de confinement ayant été étendu jusqu’au 4 mai. Habitués à la vie en communauté avec leurs fidèles, comment les hommes religieux vivent-ils cette situation inédite ? Le père Heriberto Cabrera, l’imam Arshad Joomun et le pandit Babajee Reesaul ont bien voulu se confier à Zordi.

«Une mosquée n’est pas censée être fermée», explique l’imam Arshad Joomun. Mais avec le confinement, dit-il, «nous ne pouvons pas prendre de risque». L’imam est celui qui dirige la prière et le muazzin fait l’appel à travers le haut-parleur. Il explique qu’une phrase a été ajoutée dans les cinq prières quotidiennes pour exhorter les fidèles à prier chez eux.

Covid-19, confinement, hommes religieux

L’imam Arshad Joomun demande aux fidèles de prendre leur mal en patience.

En même temps, il se sert de Facebook pour être en contact avec les fidèles. «Nous prions pour ceux qui sont affectés, les personnes qui sont dans le besoin ainsi que les personnes qui sont confinées chez elles.» Cette situation, dit-il, n’est pas facile, psychologiquement surtout. «Mo diman zot manz ar li e pa ezite pou rant an kontak avek nou.»

La période de confinement ne sera toujours pas arrivé à son terme lorsque débutera le ramadan, le 23 avril. Une période qui, concède l’imam Arshad Joomun, sera difficile pour les Mauriciens de foi musulmane qui, d’ordinairement, vivent ce moment en communauté dans les mosquées de leurs localités respectives. Le message de l’imam Joomun à leur intention : «Pran pasians. Ar seki pe pase nou bizin priye bokou.»

Le père Heriberto Cabrera abonde dans le même sens. Il s’occupe de la pastorale des jeunes du diocèse de Port-Louis et utilise les réseaux sociaux notamment pour communiquer avec eux. Car malgré le confinement, et bien que certains projets aient dû être reportés, il y a toujours du travail à faire pour la pastorale. Ce travail prend la forme de petites vidéos et messages, entres autres. Les réseaux sociaux lui permettent également de rester en contact avec les paroissiens. Et puis, fait-il comprendre, il y a aussi une communion spirituelle. «Par l’amour que je leur porte, ils sont dans mon cœur, donc contact il y a, mais autrement.»

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Le père Heriberto Cabrera explique être en contact avec les paroissiens par le biais des réseaux sociaux.

Tout comme l’iman Arshad Joomun, le père Heriberto Cabrera fait comprendre que cette situation représente un défi de taille. «Je sens cela comme un appel à une plus grande confiance en Dieu.» Lui, qui prend des nouvelles de sa famille presque tous les jours, confie «mettre [s]on inquiétude entre les mains de Dieu».

Il se dit, dans la foulée, reconnaissant de pouvoir vivre le confinement dans de bonnes conditions. «J’ai un bon logement, j’ai à manger et nous sommes en communauté religieuse, donc je ne suis pas seul. Nous sommes à quatre et cela rend la prière et les moments de repas encore plus beaux.» Ce temps de confinement, poursuit-il, est aussi l’occasion de faire «un travail intérieur. Je me remets en question, je me pose des questions sur ma manière de vivre avant le Covid-19. La crise est une opportunité par laquelle le mystère de Jésus me visite, m’interpelle, m’aide à grandir, à vivre mon humanité ainsi que ma vocation».

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Pour le pandit Babajee Reesaul, les fidèles doivent retrouver la force de la prière.

Le pandit Babajee Reesaul y voit, lui aussi, une opportunité de se recentrer sur ce qu’il y a de plus important, soit la famille, et de reconnaître la valeur de la prière. «Que vous soyez hindou, chrétien ou autres, retrouvez la source de votre religion.» Les temples resteront fermées pendant le confinement. «Si nou organiz enn laprier, li pou ed a propaz sa viris-la.» Raison pour laquelle le pandit Reesaul encourage les familles à prier tous les jours chez elles. Lui aussi utilise Facebook pour transmettre des messages aux fidèles. Mais il n’y voit nullement un moyen de se recueillir. Pour lui, les fidèles doivent «retrouver cette énergie et cette force de prière. Lafors interier pli inportan ladan.»

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