Confinement: «Papa, maman, je vous aime»

29 mars 2020

Covid-19, confinement, liens familiaux

Le monde a connu un temps d’arrêt. Le confinement en raison du Covid-19 nous pousse, pour certains, face à nous-mêmes. Face aux relations familiales cabossées. Face à ce deuil que l’on n’a pas fait, préférant se cacher dans la course effrénée du quotidien. Des familles se livrent à Zordi sur ce que ces jours de confinement ont changé dans leurs vies.

«Si mo papa ti pou la, ti pou enn lot. Nou ti pou profit sa moman-la a kat», confie Kovila Ballah, la voix remplie d’émotion. La jeune femme de 25 ans a perdu son père subitement, il y a un mois. Du jour au lendemain, Kovila Ballah, sa soeur et sa mère se sont retrouvées à trois. Trois femmes qui se serrent les coudes face à la disparition de l’être cher. «Ce confinement nous aide à faire le deuil avec le soutien de chacune», dit-elle.

Covid-19, confinement, liens familiaux

Kovillah Ballah confie qu’elle fait le deuil de son père, avec le soutien de sa mère et de sa soeur.

Avant ce temps d’arrêt subit dans leur routine quotidienne, la mère de famille, Saras Ballah, quittait son domicile à 7 heures pour se rendre au travail et elle rentrait tard. «Les jours de semaine, nous avions à peine le temps de dîner ou de regarder la télé ensemble. Ce n’est que pendant le week-end qu’on avait vraiment le temps de profiter de ce moment en famille et de faire le ménage», explique Kovila Ballah.

Aujourd’hui, avec le confinement, la famille tente de se retrouver et d’accepter le décès du patriarche. Chacune est déstabilisée devant la situation. «Ce n’est pas facile de vivre avec l’absence de mon papa. Sa disparition nous a traumatisées. On se soutient, nous n’avons pas le choix… Nous sommes plus unies que jamais», souligne la jeune femme. Elle salue, dans la foulée, l’aide et le soutien que leur apportent son oncle et sa grand-mère, qui vivent juste à côté. «Nous partageons de la nourriture, nous jouons aux jeux de société, mon oncle nous aide en achetant nos provisions.»

Et chez les Bégué ?

Covid-19, confinement, liens familiaux

Les Bégué disent avoir renoué avec le dialogue au sein de leur foyer.

Le confinement, un mal pour un bien ? En tout cas, chez les Bégué, Aurélie et Steven ont décidé de profiter au maximum de la situation. Mari et femme travaillent tous deux dans le secteur hôtelier et chacun a différents horaires de travail. Du coup, pouvoir pleinement s’occuper de leurs enfants était devenu un numéro d’équilibriste.

«Nous sommes très heureux d’avoir ce moment avec nos deux enfants, qui sont âgés de 2 ans et 5 ans», déclare Aurélie Bégué. Les journées durant le confinement semblent peut-être plus longues, mais ce qui est sûr, c’est que la mère de famille ne s’ennuie jamais. Elle dit partager aujourd’hui une plus grande complicité avec ses enfants. «Lorsque je travaillais, ma maman gardait les enfants mais maintenant ils sont avec nous 24/7.»

Aurélie Bégué se réjouit qu’aujourd’hui, la communication soit au coeur de son foyer. Elle confie qu’avant le confinement, le dialogue n’était plus au centre de sa relation de couple avec son époux. Depuis, ils se sont retrouvés. «Nous sommes comme ces couples fraîchement mariés», sourit-elle.

Se retrouver en famille est un cadeau béni, renchérit Steven Bégué. Il en profite pour bricoler, nettoyer la cour, s’occuper des enfants ou encore aider sa femme avec les tâches ménagères. Steven Bégué ne cache pas sa joie d’avoir même appris à tresser les cheveux de sa fille.

Le temps retrouvé…

Il y a encore peu, l’incompréhension, les disputes, le manque de communication étaient le quotidien de Michaela Louis. La jeune femme de 21 ans avait du mal à s’entendre avec ses parents et s’enfermait souvent dans sa chambre. «Tou letan sitiasion-la ti koumsa. Tou letan bann explikasion ti pe fini an lager», raconte-t-elle.

Mais lorsque le Covid-19 a fait son entrée à Maurice, la peur de perdre un proche a pris préséance sur la rancoeur. Depuis, les relations familiales se sont nettement améliorées. «Pendant qu’on bricole pendant la journée mon papa et moi, cela nous permet de nous rapprocher et nous avons développé une certaine complicité», partage-t-elle.

Pour la famille Louis, la prière n’a pas toujours été centrale. Ce n’est qu’après le dîner, il y a quelques jours, que Michaela Louis a eu un déclic, en écoutant la radio. «On s’est tenu la main ma sœur, mes parents et moi et nous avons fait un partage à travers une prière», dit-elle émue.

Eduquer la population

Comment vivre ce confinement en famille ? Le sociologue Ibrahim Khooduruth explique que sans les gadgets technologiques tels que smartphones, tablettes etc., nous n’aurions d’autre choix que de privilégier le dialogue en famille. «C’est une question d’état d’esprit.» Le fait est que les Mauriciens, pour la plupart, ne veulent pas changer leurs habitudes.

Or, ce temps, poursuit le sociologue, il faudrait en profiter pour renforcer les liens familiaux. «Nous devons faire en sorte que ce temps passé ensemble à la maison soit riche de la découverte de chacun. Certains font du jardinage ensemble, d’autres la cuisine, ou devant un film, à dialoguer ensemble.»

La psychologue Véronique Wan Hok Chee est, elle aussi, d’avis que ce temps devrait être mis au profit de la famille. «Apprendre à connaître ses enfants, apprendre à vivre ensemble et faire la découverte de l’autre, c’est reserrer les liens.» Pratiquer de la musique, embellir la maison, faire de menus travaux, regarder la télé ensemble sont autant d’activités qui peuvent renforcer le dialogue.

Dans la foulée, le sociologue Ibrahim Khooduruth estime que «le gouvernement aurait dû saisir cette occasion en or pour éduquer les citoyens mauriciens au lieu de ne se focaliser que sur le Covid-19».

confinement | covid-19 | liens familiaux



Les plus lus

Saisie de 95 kg de cocaïne : où était la douane ?

Les douaniers avaient des instructions : les engins de chantier importés devaient être contrôlés. Deux travailleurs...

Covid-19: «To merit enn kouronn», poème hommage à nos héros

«To merit enn couronn» a écrit Stelio Pierre-Louis dans un poème dédié aux combattants du coronavirus. L’art est la lang...

Tipla partaze : un millefeuille avec Akshay Seebaluck

On n’interrompt pas un artiste à l’ouvrage. Quand le peintre a posé ses couleurs, nous nous installons autour d’un caf...

La Barclays Bank passe du bleu au rouge d’Absa

La Barclays opère depuis ce lundi 10 février sous le nom d’Absa bank. De nouvelles opportunités s’offrent maintenant aux...

Mon drôle d’anniversaire en confinement

Malgré le confinement, la vie de s’arrête pas. Et en l’espace de ces trois dernières semaines, plusieurs de nos compatri...