Confinement: la vie autrement…

8 avril 2020

Covid-19

 

L’annonce du confinement national, le jeudi 19 mars, a été subite, inattendue, brutale presque. Chamboulant notre routine quotidienne. Le temps semble long à certains, alors que nous entamons la troisième semaine de confinement. D’autres réapprennent à apprécier toutes les petites choses de la vie, qui en font la beauté et que nous prenions pour acquis jusqu’ici. Notre journaliste Michaël Iyasawmy en fait partie. Il vous partage son ressenti.

6 h 30. Le soleil est déjà bien perché dans le bleu du ciel. Les oiseaux me réveillent avec leur chantonnement. J’en suis presque étonné ; d’habitude, cela n’arrive jamais, où c’est peut-être que je n’entendais plus. Ils apportent une douce mélodie à cette journée qui ressemble un peu plus à toutes les autres. C’est le 19e jour de confinement, ce mardi 7 avril, et certaines choses me paraissent beaucoup plus présentes, comme entendre le bruit lointain de la rivière tôt le matin, ainsi que les quelques voitures qui passent.

Je me réveille doucement et je prends le temps d’admirer les rayons du soleil perçant gentiment les feuilles des arbres. Aujourd’hui, je n’ai pas à me hâter de me préparer pour aller au bureau. La curiosité me pousse dehors. Je remarque des grenades jaunies au gré du soleil, accrochées au grenadier. Elles ne demandent qu’à être cueillies.

7 h 30. Dans ma rue, pas un chat ; enfin si, celui des voisins assis en plein milieu à se faire dorer la pilule. Certains de mes voisins font, semble-t-il, toujours la grasse matinée. En m’aventurant dans la rue qui finit en cul-de-sac, je suis frappé par l’absence de voitures ; la route principale est déserte.

Je commence alors ma descente pour rejoindre la route principale. Le calme règne en maître, on entend toujours les oiseaux chanter, accompagnés par la symphonie du vent dans les feuilles des arbres. Cette même artère, qui d’habitude énerve et agace plus d’un aux heures de pointe, est aujourd’hui vide. La nature a repris ses droits et la verdure s’est réinstallée, alors que l’air pure remplit mes narines.

9 heures. J’entends l’hélicoptère de la police sillonnant les alentours, le seul bruit dérangeant de toute la matinée, alors qu’une fine brise, légère et voluptueuse, envahit la maison de temps à autre. La terre respire et nous aussi. L’atmosphère est beaucoup plus douce et un regard vite fait vers ce magnifique ciel bleu me fait fantasmer sur un cocktail, allongé sur un transat en bord de mer.

Nous courons tellement derrière notre carrière, les informations, la famille, la vie en elle-même, que nous en oublions de vivre. Je me souviens alors de Bob Marley, ma guitare me revient entre les mains et me voilà étirant les notes et les accords de Redemption Song : «Emancipate yourself from mental slavery, none but ourselves can free our mind.» Des paroles transformées en émotions qui me transportent ailleurs. Allez ! Je remets le couvert avec Three Little Birds, «don’t worry about a thing. ‘Cause every little thing is gonna be alright». Un peu d’espoir et de positivité pour la journée.

13 heures. Je n’ai pas vu le temps passer. Le bruit assourdissant de la pluie me sort de mon coma lexical. Le ciel fait grise mine. L’odeur de la pluie envahit la maison, se mélangeant aux senteurs du plat du jour concocté par la matriarche avec les seuls aliments disponibles sur les rayons de l’hypermarché d’à côté.

Je n’ai pas rencontré d’inconnus depuis deux semaines et je ne m’en plains pas. Ces mêmes inconnus de nos quotidiens qui nous donnent le sourire ou nous font froncer les sourcils lorsque nous les croisons dans la rue. Ces inconnus qui n’avancent pas sur l’autoroute ou qui nous coupent la route en sortant des bretelles et qui nous font sortir de nos gonds en scandant des injures rocambolesques. Ces inconnus qui se collent contre vous dans ce bus express compacté comme une boîte de thon à Rs 88. Ce confinement démontre à quel point notre vie est hors de prix.

18 heures et des poussières. Le temps semble s’être figé. Moi, qui d’habitude cherche des bons plans, à la découverte de nouveaux artistes et d’aller «bat bis» en mode happy hour, je me retrouve devant YouTube, troquant la bouteille de bière pour un verre de jus de grenade du jardin. J’oublie qu’on est toujours mardi et qu’il n’y a pas de happy hour ce jour-là, mais on improvise comme on peut. Quelques minutes plus tard, je sors pour prendre l’air et j’admire encore une fois le ciel. Celui-ci a troqué son bleu azur pour des teintes écarlates. Une beauté qui me fait oublier un bref instant mon portable, les réseaux sociaux et le Covid-19.

Les heures commencent à défiler rapidement et bientôt sonnent poétiquement les dix coups de dix heures. Une journée remplie et surtout vécue au ralenti, en appréciant la nature et le temps. Deux aspects de nos vies qu’on néglige souvent. Finalement, les 24 heures semblent être suffisantes lorsqu’on n’est pas coincés dans notre emploi du temps beaucoup trop chargé et accablant.

#RestezChezVous et profitez de vous avant tout.

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