[VIDEO] Berger Agathe : le petit prince du seggae criblé de balles policières

22 février 2020

21 ans déjà ce samedi que le chanteur d’origine rodriguaise, Berger Agathe, a rendu l’âme après avoir été abattu par la police sur le rond-point du Port Franc, à Roche-Bois. C’était lors des émeutes suivant la mort du père du Seggae Kaya. Si Kaya était le père de ce mélange du séga et du reggae, Berger Agathe en était « le petit prince » selon les mots du producteur Percy Yip Tong, également associé au seggae. Berger Agathe a été assassiné le 22 février 1999 par une balle tirée à bout portant par un élément de la brigade anti-émeute, la Special Support Unit (SSU) au visage masqué. 

Une image reste gravée dans la mémoire des témoins de la scène : celle du « petit prince » sortant d’une ruelle en brandissant sa chemise blanche pour demander à la police d’arrêter de tirer. On ne l’a pas écouté. Ce sont 62 billes de plomb d’une chevrotine qui lui ont ôté la vie. Il est touché au niveau du torse et du cou.

Nouvelle étincelle

Après les premiers soins au dispensaire de Roche-Bois, Berger Agathe est transporté à l’hôpital Jeetoo, à Port-Louis. Mais il est déjà trop tard. Les médecins ne peuvent que constater son décès. Après l’étincelle provoquée par la mort de Kaya, celle de Berger Agathe donnera un nouvel élan aux violences qui avaient envahi plusieurs cités ouvrières à travers l’île. Des postes de police sont saccagés et brûlés. De nouveau. Des magasins, ainsi que des supermarchés, sont également dévalisés.   

La réaction est purement émotive. À l’instar de son ami Kaya, Berger Agathe avait une place spéciale dans le coeur des amateurs de musique. Il était une des valeurs sûres du seggae, avec une voix torturée, au grain à la fois fragile et puissant que possédait également Kaya. Berger Agathe, habitant de Roche-Bois, était le leader du groupe Ovajaho et a également fait partie du groupe Zotsa. Les tubes de son album ‘Non Lavyolans‘ résonnent toujours, notamment la chanson ‘Zom Ki Faim‘.

Procès en réclamation

Les événements qui ont suivi la fin tragique de Berger Agathe laissent également un goût amer. Certes, en 2000, la justice avait reconnu les torts de la police dans cette affaire. Le Directeur des poursuites publiques avait recommandé des mesures disciplinaires contre les forces de l’ordre. Trois policiers, notamment les constables Paukoorchand, Thérèse et Narain-Reddy, étaient armés au moment des faits et se trouvaient sur les lieux du drame. Ils étaient sous les instructions de l’assistant surintendant de police (ASP) Joganah. 

Mais 21 ans après, on ne connait toujours pas l’identité du tireur. Lors du procès en réclamation intenté par le fils (Bernard Agathe) et le frère (Jacquelin Collet) de Berger Agathe, Beeharry, un employé du Forensic Science Laboratory (FSL), avait confirmé que l’une des balles analysées venait de l’arme à feu d’un des trois policiers. Sa version des faits contredisait celle du médecin légiste d’alors, Satish Boolell : ce dernier estimait que le tireur était à une distance approximative de 44 mètres alors que Beeharry évaluer la distance à 15 mètres.

Taux d’alcoolémie élevé

L’autopsie pratiquée par le docteur Boolell avait également mis en avant un point déterminant pour le procès. Berger Agathe avait un taux d’alcool de 298 mg et 217 mg dans son sang et son urine respectivement. Ce qui indiquait qu’il avait consommé les deux-tiers d’une bouteille de boisson alcoolisée de 40% peu avant sa mort.  

Le procès n’a pas abouti aux dédommagements de Rs 10 millions que réclamaient les proches de Berger Agathe. Le juge qui présidait au procès, Paul Lam Shang Leen, avait estimé que les plaignants n’avaient pas réussi à établir que la police avait fait usage excessif de la force. Ils n’ont pas non plus pu démontrer que les coups de feu ont été tiré sans avertissement pour disperser un rassemblement pacifique et que la police avait délibérément et illégalement abattu Berger Agathe. 

« […]plusieurs témoins ont vu un policier tirer sur Berger Agathe et sa famille n’obtient rien ! »

Malgré ce verdict, le producteur Percy Yip Tong ne comprend pas pourquoi la famille d’Agathe n’a jamais été indemnisée par l’État. « Il aurait probablement assuré la relève du Seggae à Maurice, regrette-t-il, mais le petit prince a été abattu par la police. Kaya est mort dans une cellule sans aucun témoin et sa famille a été dédommagée par l’État ; plusieurs témoins ont vu un policier tirer sur Berger Agathe et sa famille n’obtient rien ! » 

21 ans plus tard, les décès du géniteur et de l’avenir du seggae, laissant le genre musical orphelin, reste gravée dans les mémoires. L’événement demeure la référence à Maurice quand on parle de violences policières. À l’Assemblée nationale le 19 juillet 2016, lors des débats sur le projet de loi de l’Independent Police Complaints Commission, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Stéphan Toussaint, avait abordé l’incident au tout début de son intervention : « Le lendemain, le 22 février 1999, un autre chanteur trouva la mort. Il s’agissait de Berger Agathe, qui voulait apaiser la foule dans les manifestations qui ont eu lieu par rapport au décès de Kaya. Il avait été tué par les forces de l’ordre. »

Berger Agathe | émeutes de 1999 | Violence policière



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