Autosuffisance alimentaire: Kailash Ramdharry ne connaît pas la crise

15 avril 2020

Covid-19, autosuffisance alimentaire, importations

La vue de la plantation de Kailash Ramdharry depuis sa fenêtre.

L’autosuffisance alimentaire, c’est possible. Il n’y a qu’à jeter un coup d’oeil à la plantation de Kailash Ramdharry à Grand-Sable. Grâce à ses 25 variétés de légumes, dont «des fruits à pain, jacquiers, calebasses, entre autres» et ses 22 variétés d’épices, l’homme de 48 ans ne manque de rien.

Dans son jardin, le Chairman du Small Planters’ Welfare Fund se prélasse tranquillement sur une vieille chaise en bois. Il observe sa plantation. Le parfum suave des plantes qu’il vient d’arroser lui procure une immense joie. Et, surtout, beaucoup de  satisfaction. Chez les Ramdharry, cultiver la terre est un héritage familial transmis de père en fils. C’est à l’âge de 12 ans, dit-il, qu’il a commencé à s’adonner à la culture vivrière ainsi qu’à l’élevage d’animaux. «Mes parents mangeaient ce qu’ils cultivaient, ça me rappelle mon enfance», confie Kailash Ramdharry. A l’époque, révèle-t-il, «son père cultivait 32 variétés de légumes, comme des pipangaille, bringelle, endive, piment cari et autres».

«Il faut du temps et de l’énergie.
Mais aussi de l’espace…»

«Cultiver la totalité des légumes qu’un foyer consomme est la façon la plus facile de mettre un pied dans l’autosuffisance», poursuit Kailash Ramdharry. Quelle joie de pouvoir «récolter [s]es brèdes songes, [s]es brèdes mouroum, [s]es fruits à pain… Je vais moi-même trancher mes jacquiers. C’est un bonheur pour moi».

Au dire du quadragénaire, pour être autosuffisant, il faut tout d’abord investir dans son jardin mais, surtout, avoir de la volonté. D’ailleurs, il encourage les Mauriciens à mettre la main à la pâte le plus tôt possible. «Il faut du temps et de l’énergie. Mais aussi de l’espace et se sentir capable de s’en occuper.» Le Chairman du Small Planters Welfare Fund explique que pour rentabiliser chaque mètre carré d’un jardin, «il faut aller plus loin. Pourquoi ne pas penser à faire un potager, un verger, une serre et à y faire pousser une centaine de fruits et légumes différents ?»

«Tou seki nou manze,
nou bizin kone kot li pe sorti»

Il précise que chez lui, devant sa maison, il plante sur une superficie de 50 perches. Kailash Ramdharry ne cache pas sa fierté lorsqu’il affirme que «son jardin est probablement l’un des plus productifs du coin au mètre carré sous ces latitudes». C’est, dit-il, «le fruit d’une démarche à la fois technique et intellectuelle». Le planteur assure n’avoir rien inventé ; il a tout simplement su s’inspirer des idées de son père, des pionniers dans le domaine, des références techniques, ainsi que des jardins créoles en trois dimensions. Pour lui, il est extrêmement gratifiant d’avoir pu mettre les mains dans la terre, se lancer dans l’autoproduction et de manger sain. Un jour, raconte-t-il, son père lui avait dit: «Tou seki nou manze, nou bizin kone kot li pe sorti.» Ces paroles, il ne les a jamais oubliées.

«J’aime être au contact de la nature, de la terre, mais je dois avouer que j’ai plus une mentalité de naturaliste, d’observateur, de concepteur, que celle d’un agriculteur ou d’un jardinier à temps complet.» Kailash Ramdharry fait aussi de l’élevage chez lui. «J’ai quelques animaux tels des cerfs, boucs, cabris et poules.» C’est cependant son frère qui en est responsable et s’occupe de l’élevage.

«Tou manze nou kapav prodir dan nou pei»

Contrairement à la plupart des Mauriciens qui s’insurgent contre les prix pratiqués actuellement et dénoncent la pénurie de certains produits, Kailash Ramdharry vit, lui, sereinement le confinement. Le Chairman du Small Planters Welfare Fund se dit toutefois conscient des abus autour de la vente de légumes actuellement. «Je ne fais pas la publicité de mes légumes sur les réseaux sociaux, mais j’ai plutôt invité et laissé des gens dans les environs venir chez moi et prendre ce qu’ils voulaient.» Dans la même foulée, il dénonce les marchands qui vendent des légumes à des prix exorbitants en ce moment. «Ce que je regrette le plus et je suis triste pour mon pays, c’est que nous devions passer par l’Agricultural Marketing Board pour avoir de la pomme de terre et de l’oignon, alors que nous étions autosuffisants en ces produits à une certaine époque.»

Kailash Ramdharry est catégorique : il est grand temps d’arrêter d’importer. Le moment est venu de retourner à la terre. «Nou dan enn pei tropikal, tou manze nou kapav prodir dan nou pei.» Ce qui sera aussi une opportunité de promouvoir le made in Mauritius, fait-il comprendre. Dans la foulée, Kailash Ramdharry se dit fier de voir ceux qui s’adonnent à la plantation en ce moment et souhaite qu’ils continuent dans cette voie. Entre-temps, lui, a d’ores et déjà transmis ses connaissances à son fils et ses deux filles. «Mo’nn donn zot labwett mo dir zot al lapess aster.»

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