Administration volontaire: atterré, le personnel de MK veut des réponses

30 avril 2020

Air Mauritius, administration volontaire, personnel

Au vu de la situation, les avions de la flotte d’Air Mauritius seront probablement cloués au sol pendant un bon moment.

La compagnie nationale aérienne était sous respiration artificielle depuis plusieurs mois déjà. La pandémie du Covid-19 est venue lui couper les ailes. C’est ainsi que le 22 avril, Air Mauritius a été placée sous administration volontaire. La première assemblée des créanciers se tiendra le 4 mai. Entre-temps, les employés — pilotes, personnel navigant, employés au sol — sont livrés à leur sort. Ils témoignent sous le couvert de l’anonymat.

«Ne blâmez pas les employés !»

Elle compte 23 années de service chez MK. Aujourd’hui, Cynthia, hôtesse de l’air âgée de 43 ans, est préoccupée. Elle a des dettes, des responsabilités. L’absence de communication actuelle des administrateurs n’arrange en rien la situation.

Cette mère de deux enfants déplore surtout le fait que certains blâment les employés pour la situation financière désastreuse de la compagnie d’aviation nationale. «Les gens parlent comme si nous, les employés, étions responsables de la situation. Ça fait mal d’entendre toutes ces paroles. Koumadir staff MK ki’nn fini konpani-la !» lance elle avec colère.

Non, les employés ne sont pas responsables, mais les incompétents à la tête de l’entreprise, oui, martèle Cynthia. «Voyez vous-même dans quelle situation est MK aujourd’hui !» Au fil des années, explique-t-elle, il y a eu plusieurs personnes à la tête d’Air Mauritius. «J’ai beaucoup apprécié lorsque Nash Mallam Hassam en était à la tête en 1997. Malheureusement, il est décédé après deux ans de service chez MK.»

«Kot nou ti ete e kot nou pe arive»

Maya, 36 ans, est frustrée. Responsable du service clientèle depuis six ans,  elle peine à digérer la situation. «Mo sagrin ! Kot nou ti ete e kot nou pe arive !» L’incertitude autour d’une éventuelle reprise des activités lui est insupportable. D’autant qu’il y a zéro communication actuellement. «Nous ne recevons plus de nouvelle de la compagnie. Nous suivons les médias pour avoir des informations.»

Cela fait déjà 20 ans qu’elle exerce ce métier. Ses débuts au sein de la compagnie, elle les a faits en tant que Clerk. «Je me suis donné corps et âme pour la compagnie. J’ai travaillé jour et nuit, surtout lorsqu’il y avait des intempéries comme les cyclones. Et cela, plusieurs fois.» De raconter la fois où elle avait pris son service à 4 heures du matin et fini le lendemain, à 2 heures du matin. «Détrompez-vous, je ne me plains pas car nous le faisions avec un grand plaisir. C’est juste pour vous montrer à quel point nous aimons et sommes fidèles à MK», révèle-t-elle émue.

Ces dernières années, elle gérait le service passager. «Notre travail est un challenge. Il y a, à chaque fois, des cas différents. Beaucoup de passagers se plaignent du service, mais il y en a d’autres qui nous remercient, surtout quand nous leur apportons notre aide à chaque étape du service.»

Maya révèle que ces derniers temps, la compagnie leur disait qu’il fallait «ser sintir aster». Or, fait-elle remarquer, son salaire est sa seule source de revenu. Comment faire ?

«Silence radio de la part de MK»

«On vit la situation très mal. Nous sommes dans le flou total.  Ce n’est qu’à la radio et à la télévision que nous avons des informations !» s’insurge un pilote comptant 15 ans de service chez MK. Ce mois-ci, révèle ce père de quatre enfants, il n’a reçu que son salaire de base. Le département des ressources humaines, dit-il, a adressé une lettre aux pilotes. «On nous a expliqué que la baisse du salaire est due au fait qu’on n’a pas de ‘flying duties’…» Or, s’emporte le quadragénaire, «les termes de mon contrat ne sont pas respectés. Personne ne nous dit rien. On est livrés à nous-mêmes ! On envoie des questions aux HR et EVP mais celles-ci demeurent sans réponses !».

Oui, il y avait des hauts et des bas, mais cette situation est sans précédent. «Mes indemnités s’élèvent à plus de 50 % de mon salaire. Je ne vais pas pouvoir payer mes dettes et respecter mes engagements financiers ce mois-ci.» Le pire, poursuit le quadragénaire, c’est l’absence de visibilité à moyen et long terme. «Combien de temps cela va durer ? Nous sommes tous très stressés.»

«L’épisode BAI et BRITAM nous ronge l’esprit»

«Je n’arrive plus à dormir la nuit. Qu’est-ce qui va m’arriver ? Comment vais-je concrétiser mes projets, dont la construction de ma maison ? Ma seule source de bonheur en ce moment, c’est ma passion pour la musique», confie Ajay, un membre du personnel de cabine âgé d’une trentaine d’années. Cela fait trois ans qu’il travaille à Air Mauritius. Et il n’en revient toujours pas qu’une compagnie qui existe depuis  1967 puisse en arriver là.

«Nous n’avons aucune nouvelle de la part de MK jusqu’à présent. Nous ne savons pas ce que les administrateurs sont en train de faire. Cela nous rappelle l’épisode de la BAI et de Britam.» Ajay dénonce, dans la foulée, les passe-droits et le favoritisme qui a miné la compagnie pendant de nombreuses années. «Il y a des personnes incompétentes qui obtiennent des postes importants.»

 

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