Tout a changé

27 mars 2020

Avez-vous senti la caresse du soleil sur votre peau ? Ou les heurts légers de la brise contre votre visage ? Avez-vous remarqué la beauté des fleurs qui poussent dans votre jardin ou dans des pots sur la terrasse ? Du rouge, du rose, du jaune, du mauve… ces couleurs qui illuminent les yeux et réchauffent le coeur. Avez-vous prêté attention au chant des oiseaux, au bourdonnement des abeilles ? L’aboiement d’un chien au loin ; le vôtre, assis telle une sentinelle sur vos pieds, qui se joint aux choeurs. Le rire des enfants, peut-être les vôtres, ou ceux des voisins.

Un cri, soudain. Celui du voisin ; sa femme a fait brûler le riz. «Laboutik ferme, ava gete ki pou manze apre. Nek fer palab mem lor telefon !» Sur le coup, ça vous fait pouffer de rire. Chez vous, heureusement que c’est monsieur qui cuisine, rasion ti pou fini bien vit sinon.

La ruelle est déserte, ou presque. On croirait que c’est dimanche. Deux, trois voisins sont regroupés, ils fument une cigarette, une cannette de bière à la main. Eux n’ont ni gants ni masques. Ils vous saluent d’un signe de main. Vous y répondez, une subite colère au coeur. Inconscient, ce mot revient telle une litanie dans votre tête. Vous avez envie de le leur crier au visage. Ne comprennent-ils pas qu’ils se mettent à risque ? Qu’ils mettent leurs familles, leurs enfants à risque ? Qu’ils vous mettent à risque ?

Vous rentrez. La radio est allumée. Encore des nouvelles. De mauvaises nouvelles. Le Covid-19 a contaminé 81 personnes. Combien d’autres jusqu’au prochain bilan du Comité de communication national sur le virus ? Vous préférez ne pas y penser.

Vous jetez un rapide coup d’oeil à vos enfants. Ils dessinent : «Maman, regarde, on fait des coeurs pour toi ! Maman, regarde, pour moi est plus joli que pour lui.» Ça se chamaille, ça se tire les cheveux mais vous ne leur crierez pas dessus. La tendresse vous envahit et vous les embrassez, à mesure que l’angoisse étreint votre coeur. Et si jamais… vous refusez d’y penser.

Vous appelez vos parents. Ils sont âgés, ils vous rassurent et disent qu’ils vont bien. Cela vous mine de ne pas pouvoir aller les voir, de ne pas pouvoir les serrer dans vos bras. Une pensée vous obsède. S’ils tombaient malade, s’ils en mourraient, vous n’auriez même pas l’occasion de leur dire au revoir… Les larmes vous montent aux yeux, vous raccrochez le coeur lourd, si lourd. Non, vous n’y penserez pas.

L’heure du déjeuner a sonné. Des minn frir ; vous faites la moue. Et vous vous sentez immédiatement coupable. Combien d’autres Mauriciens n’ont peut-être rien ou presque à se mettre sous la dent ? Avec votre fourchette, vous piochez dans votre assiette, vous n’avez pas faim. Vous pensez à vos amis que vous n’avez pas vus depuis longtemps, trop accaparée par le travail. Vous pensez au dernier déjeuner familial auquel vous n’avez pas assisté ; vous travailliez ce jour-là. La dernière sortie avec les enfants vous revient en tête, c’était à Bagatelle. La dernière fois que vous avez vu vos parents ; vous reveniez du travail, votre mère avait préparé une tasse de thé chaud et votre père avait posé devant vous un morceau de gâteau…

Et si c’était un cauchemar tout ça ? Non, vous ne rêvez pas. Votre monde a changé du jour au lendemain. Vous aurez beau refuser de l’accepter…

Rien ne sera plus jamais pareil.



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