Indépendances

12 mars 2020

52 ans, c’est à la fois très long et très court. Assez long pour que les plus jeunes aient oublié d’où nous venons, le chemin parcouru, ce qu’ils doivent aux générations qui les ont précédés. Mais 52 ans dans la vie d’une nation, d’une démocratie, c’est surtout très court. Est-ce suffisant pour construire une nation justement ? Ou encore pour se libérer de l’emprise de nos anciens maîtres ? Sommes-nous aujourd’hui réellement indépendants ? À 100 % ? Vous y croyez vraiment ?

Zordi s’est donné pour mission de trouver quelques éléments de réponse à ces questions dans différentes sphères de notre société pour ce 52e anniversaire de l’Indépendance. Outre l’indépendance politique et administrative, qu’a-t-on fait pour conquérir nos autres indépendances ? Que reste-t-il encore à accomplir ?

Quelle est la valeur symbolique, identitaire,
émotionnelle de la fête nationale ?

Commençons par la fête nationale, avec ses célébrations annulées. Non, il ne s’agit pas d’une première, mais on peut comprendre qu’après plusieurs semaines de fausses nouvelles et de paranoïa concernant le Covid-19, la méfiance s’installe. Au-delà des motivations derrière l’annulation, c’est l’occasion aussi de se demander : est-ce que cela se résume à ça (les gâteaux, les feux d’artifice, les parades) la célébration de l’Indépendance ? Quelle en est la valeur symbolique ? Émotionnelle ? Identitaire ?

Qu’en est-il des reliques que nos anciens maîtres ont laissées en nous abandonnant l’administration de notre île ? La plus haute instance judiciaire du pays demeure sous l’autorité de la reine d’Angleterre : le Privy Council. Faut-il une haute Cour d’appel pour que le judiciaire mauricien soit vraiment indépendant des Anglais ? Il semble que parmi nos avocats, l’indépendance du judiciaire de la classe politique locale importe plus. Ce n’est pas demain la veille donc.

Et ces anachronismes qui demeurent encore dans nos lois ? Ces délits coloniaux qui ont été enlevés depuis longtemps de la législation britannique mais que la pudibonderie mauricienne s’entête fièrement et surtout hypocritement à conserver ? La Law Reform Commission sera-t-elle écoutée plus souvent quand elle proposera des changements à nos lois ?

Nos gens sont notre seule ressource naturelle

Ce n’est pas que dans la sphère du judiciaire que le pays dépend encore des Britanniques. Malgré les révolutions annoncées avec le Nine Year Continuous Basic Education, en fin de compte, nos enfants doivent en passer par Cambridge pour décrocher le sésame qui leur permettra d’intégrer une université. N’avons-nous pas encore les compétences, 52 ans après, d’octroyer nos propres certificats de fin de cycle secondaire ? Si la réponse à cette question est négative, ne devrait-on pas sérieusement s’inquiéter ? Il sert à quoi au juste, le Mauritius Examinations Syndicate (MES) ? Après tout, on l’a archi-dit : nos gens sont notre seule ressource naturelle et il s’agit de bien l’utiliser.

On peut pousser les questions plus loin et de manière indirecte : à quel point l’île Maurice est-elle indépendante si elle ne produit même pas 25 % des aliments qu’elle consomme ? Est-ce une simple question de vision ou de volonté politique ou sommes-nous prisonniers de l’exiguïté de notre territoire ? Peut-on du moins espérer faire enfler cette statistique et mettre fin à l’absurde entreprise qu’est le fait d’importer du poisson dans le pays qui possède l’une des Zones économiques exclusives les plus vastes au monde ?

Sera-t-on jamais indépendant
face aux Etats-Unis et au Royaume-Uni ?

Venons-en au territoire : l’archipel des Chagos, décrété territoire illégalement occupé par les Britanniques par nul autre que la Haute cour de justice des Nations unies. Est-on aujourd’hui vraiment indépendant ? Le sera-t-on jamais face aux puissances boursoufflées d’impunité que sont les États-Unis et le Royaume-Uni ?

Inversons ces questions un instant pour nous mettre dans la position inverse : que doit-on penser de l’autonomie de Rodrigues dans le cadre de notre indépendance ? Y a-t-il une marge pour aller plus loin dans l’idée ? L’autofinancement peut-il être autre chose qu’une chimère ?

Vous aurez compris que les questions ne manquent pas. Au cours de cette journée orpheline de célébrations, nos journalistes vous apporteront quelques éléments de réponse et des pistes de réflexion à suivre. Dans l’espoir de contribuer, avec nos modestes moyens, à la construction de la nation.



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