Idoles

8 février 2020

Mais que célèbre-t-on au juste ? Hier, comme chaque année, tout un pays a fait la fête des lauréats. Y compris sa presse trop ancrée dans ses habitudes et ses vieux réflexes. À Zordi, vous l’aurez remarqué, nous avons opté pour une couverture sobre, préférant remettre en question l’utilité d’un système qui n’a plus lieu d’être plutôt que de participer à des célébrations tribales et souvent machistes (chacun va prétendre être le «mari» de l’autre). Vous ne verrez donc pas les visages de tous les lauréats sur nos plateformes.

Le Dr Hassam Sakibe Coowar, le directeur du Mauricia Institute, a bien raison de parler de «système colonial dépassé et obsolète» dans les colonnes de nos confrères du Défi Plus. On comprend l’utilité du système à l’époque de sa mise en place : les Mauriciens les plus doués pouvaient poursuivre leurs études supérieures dans une université prestigieuse en Angleterre.

Mais aujourd’hui, avec la Nine Year Continuous Basic Education, et surtout la décision de rendre les universités publiques gratuites, à quoi cela rime-t-il ? À bien y voir, désigner encore des lauréats équivaut à une contradiction de la politique de gratuité de l’enseignement supérieur. Le message envoyé est le suivant : les universités publiques mauriciennes sont bas de gamme et l’élite du pays mérite d’étudier à l’étranger.

Obsession de l’élitisme

D’une, ce n’est pas un message digne d’un pays qui aspire à faire partie du club des économies à haut revenu. Et de deux, cette obsession de l’élitisme pue le sentiment d’infériorité intériorisé par l’ancien peuple colonisé. Plus d’un demi-siècle après l’Indépendance, nous sommes encore à la recherche de la validation de nos anciens maîtres. Comme s’il nous fallait les entendre nous dire : «C’est bien petit » en nous donnant une petite tape condescendante sur l’épaule. C’est ce qu’on peut déduire du témoignage de cet ancien du collège Royal de Curepipe dans les colonnes de Zordi : «statut» et «honneur» sont les deux termes qu’il utilise. C’est une idole qu’il faudrait fracasser.

L’aberration, c’est que ce statut et cet honneur bien éphémères sont monopolisés par les classes aisées. Ce n’est plus un secret : pour être lauréat, il faut investir une petite fortune dans les leçons particulière et les parents qui en ont les moyens peuvent pour la plupart financer les études de leurs enfants à l’étranger si les universités mauriciennes ne leur suffisent pas. Des gens qui n’en ont pas besoin engloutissent des millions de l’État et la plupart ne reviendront pas au pays pour le servir comme le voudrait le système.

Enseignants et médecins

L’introduction des bourses sociales a peut-être aidé à redresser quelque peu l’anomalie, mais pourquoi ne pas aller au bout du raisonnement : ne faudrait-il pas abolir les bourses normales pour ne garder que celles qui visent à aider les familles qui n’ont pas les moyens de financer des études à l’étranger ?

Bien sûr, il serait encore plus souhaitable que nul n’ait à quitter son pays pour recevoir une éducation de classe mondiale. Dharam Gokhool a raison de réclamer une révision de notre système scolaire dès le primaire. La Nine Year Continuous Basic Education devait réaliser cet objectif, mais pourquoi les enseignants ont-ils encore des classes de plus de 35 élèves au lieu d’un vingtaine ? Pourquoi n’ont-ils pas le même statut que les médecins ou avocats, avec des salaires similaires et l’obligation d’un diplôme universitaire de haute facture ? Peut-être alors l’élite sera en fait tout le monde. Cela revient à dire qu’il n’y aurait plus d’élite, pas pour nos enfants.

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