Covid-19: des Malgaches racontent la peur… mais aussi la solidarité

24 mars 2020

Covid-19, Madagascar

Après l’annonce des premiers cas de Covid-19 à Madagascar, une bonne partie de la population s’est ruée sur les produits de première nécessité.

L’angoisse tenaille les quelque 200 Mauriciens actuellement coincés dans la Grande île. A ce mardi 24 mars, Madagascar avait enregistré 17 cas de Covid-19. Dans une tentative de limiter la propagation du virus, les autorités ont confiné les villes d’Antananarivo et Toamasina depuis hier, lundi 23 mars. Ce pays est l’un des plus pauvres au monde, environ 8 personnes sur 10 vivant sous le seuil de la pauvreté. Est-il équipé pour faire face à cette pandémie ? Quelques Malgaches se livrent à Zordi.

«Certains se fient aux discours et communiqués du président mais il y a beaucoup de rumeurs  qui circulent», observe Harivola, 26 ans. Cette hôtesse d’une compagnie aérienne originaire d’Antananarivo explique que vendredi 20 mars, lorsque les premiers cas de Covid-19 ont été détectés, les officiers sanitaires sont descendus dans la rue pour sensibiliser la population. «Ils l’ont fait au niveau de l’avenue de l’Indépendance, juste après le discours du président, mais ils ne l’ont pas fait dans beaucoup de quartiers», dit la jeune femme. 

«Les Malgaches paniquent très vite»

Tout comme à Maurice, Madagascar connaît une hausse des prix des masques. C’est également le cas pour le prix de certaines denrées alimentaire. «Les Malgaches paniquent très vite. Tout le monde est parti faire le plein. Il y avait des files d’attente partout ; aux stations-service, pharmacies et supermarchés», fait remarquer Harivola.

Justin Haynes Angio, étudiant en Commerce International à l’ISCAM Business School, estime, de son côté, que Madagascar peut faire face au Covid-19. Le jeune homme, qui est originaire de Tamatave,  autre ville placée en confinement, fait valoir qu’il y a une coopération entre l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le ministère de la Santé publique. Le confinement, dit-il, est un coup dur. «Comment envisager un confinement dans une société où la majorité de la vie se passe à l’extérieur et au sein des villes où la promiscuité est permanente (les habitations, les transports collectifs entre autres) ? Une telle perspective semble difficile d’autant que le travail au quotidien est plus que nécessaire, voire vital afin de se nourrir.»

«Nous sommes très soudés»

Pour Justin Haynes Angio, seule une minorité aura le luxe de se ruer sur les supermarchés, et les nécessiteux seront les premières victimes. «Cette pandémie, comme l’ensemble des épidémies, accentue les inégalités, surtout avec le taux de pauvreté très important à Madagascar.» Néanmoins, le jeune homme trouve rassurant que «si le virus se propage dans l’île, l’Etat a fait la promesse de prendre en charge les patients gratuitement jusqu’à leur guérison».

L’étudiant espère aussi que le gouvernement distribuera des masques gratuitement. Ceux-ci étant en rupture de stock, certains en profitent pour en vendre à 10000 Ariary l’unité (Rs 100). «Tous les Malgaches sont très soudés, beaucoup de jeunes et de personnes essaient de sensibiliser leurs proches via les réseaux sociaux et je pense que c’est déjà un grand pas car cela marque une grande solidarité entre citoyens», affirme Justin Haynes Angio.

 

Le véritable problème, c’est la communication évasive des autorités, fait valoir Naly, autre étudiant. Cet habitant de Ambatoroka raconte qu’après la déclaration du président vendredi 20 mars, les gens de la capitale et de quelques régions de Madagascar se sont tous jetés sur le riz et ont fait des stocks. Résultat : on n’en trouve plus qu’à certains endroits. «Bien qu’il y ait beaucoup de gens qui n’ont pas les moyens de faire des stocks, ils doivent acheter de la nourriture au jour le jour.»

Au dire de ce jeune de 27 ans, la distribution de masques à la population est compromise par certains qui ont les moyens d’en acheter en grande quantité. En conséquence, les  pharmacies sont en rupture de stock. «Normalement Madagascar doit être équipée mais on ignore quelles décisions seront prises par l’Etat…»

Covid-19 | Madagascar



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