Chine : détective high-tech pour chats et chiens perdus

24 novembre 2019

Ses honoraires ne sont pas à la portée de tout le monde mais son taux de réussite n’a pas de prix quand on a perdu son meilleur ami. Le tout premier «détective pour animaux domestiques» de Chine a dans sa besace un arsenal technologique de pointe. 

Avoir un animal domestique était considéré comme un passe-temps bourgeois à l’époque maoïste. Les Chinois se sont bien rattrapés depuis la mort du Grand timonier en 1976 : le pays compte désormais plus de 90 millions de chiens et chats, selon l’association Pet Fair Asia. Cependant, un tiers d’entre eux disparaissent au cours de leur vie et seulement 15 à 20 % des chiens et 2 % des chats retrouvent le chemin du foyer.

C’est là qu’intervient Sun Jinrong. Détecteur infrarouge, endoscope, et un appareil comme celui qu’on utilise pour retrouver des survivants sous les décombres d’un tremblement de terre : ce James Bond du chat perdu ne manque pas de gadgets pour sa chasse aux égarés. Sa société, qui compte 10 salariés, facture chaque intervention 8 000 yuans (environ Rs 40 000). Il affirme avoir réuni un millier d’animaux et leur maître depuis qu’il a fondé son entreprise à Shanghai il y a sept ans. Sentant le filon, une dizaine de concurrents ont éclos ces deux dernières années, dit-il.

Sun intervient dans tout le pays, n’hésitant pas à lancer ses recherches dans l’immensité des métropoles chinoises et leurs millions d’habitants. Il revendique un taux de réussite compris entre 60 et 70 % mais la fin des recherches n’est pas toujours heureuse, reconnaît-il. Les animaux sont parfois volés plutôt que perdus et les chiens finissent occasionnellement… chez le boucher.

Les appels au secours retentissent souvent en pleine nuit. «La plupart des propriétaires d’animaux sont complètement désemparés. Ils n’ont même pas de lampe-torche. Ils tentent de retrouver leur animal à la lueur de leur téléphone portable.» Sun Jinrong, lui, dispose «d’équipements de pointe et d’une expérience de plusieurs années» qui lui permet d’analyser les données. «Nous avons une dizaine de moyens d’intervention, alors que le propriétaire ne pense en général qu’à une ou deux choses à faire.»

Débarquant à Pékin, le voilà à la recherche de Duoduo, un minet perdu quelque part dans la capitale aux 21 millions d’habitants. Disparu depuis deux jours, Duoduo a été vu pour la dernière fois dans un parc de stationnement souterrain. Sun Jinrong se met au travail, déballant une valise de 50 kilos qui contient son équipement, dont trois caméras infrarouge. Il pointe l’une d’elles d’un bout à l’autre du parking : RAS. Il avise des excréments au sol, mais le spécialiste tranche : ce n’est pas du chat. «Il y a des poils dans les crottes de chat. Et ça n’est pas la bonne couleur», explique-t-il.

L’enquêteur au regard d’aigle finit par repérer un indice : des traces de pattes sur un tuyau poussiéreux. Il suppose que Duoduo a pu emprunter cette voie étroite pour rejoindre une pelouse à l’extérieur. Pour l’attirer, il déclenche un haut-parleur suspendu à sa valise, qui fait tourner en boucle un enregistrement de la voix de son maître. Aidé d’un assistant, le détective installe une cage de couleur verte, avec une porte qui se referme automatiquement. À l’intérieur : une boîte de conserve avec l’aliment préféré du fugueur.

Il n’y a plus qu’à suspendre à un arbre une caméra infrarouge et à attendre que la nuit tombe. Le Sherlock Holmes du minou travaille surtout la nuit, lorsque s’apaisent les bruits de la ville. C’est le moment le plus propice pour qu’un animal paniqué se hasarde à l’extérieur de sa cachette. Sun Jinrong ne ferme pas l’œil de la nuit, qu’il passe parfois sous une tente.

Vers minuit, une silhouette apparaît enfin sur l’écran de contrôle. Les deux enquêteurs passent le jardin au peigne fin : l’animal se terre dans un buisson. Ils pourraient tenter d’atteindre le quadrupède d’un coup de somnifère tiré avec une sarbacane. Trop risqué. Ils préfèrent téléphoner au propriétaire, Li Hongtao, qui déboule sur place et appelle son chat. En vain. Après 10 minutes, Li Hongtao finit par s’approcher de Duoduo à pas de loup et à l’attraper. «On rentre à la maison», dit-il.

©Agence France-Presse



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