Covid-19: un revenu de base universel est-il une solution à la crise ?

29 avril 2020

Covid-19, revenu de base universel, crise sociale

S’il y a bien une chose que le Covid-19 met en exergue, ce sont les inégalités : les personnes les plus aisées sont moins gravement touchées par la pandémie. Une situation qui pousse plusieurs à remettre en question le modèle économique, voire le contrat social qui prévaut actuellement dans le monde. Le débat autour de l’introduction d’un revenu de base universel ou Universal Basic Income (UBI) en anglais, fait son chemin. De quoi s’agit-il ? Du gouvernement qui verse une somme prédéterminée à tous ses citoyens de manière périodique et sans conditions.

Le Forum économique mondial, le Financial Times, le Pape François 1e, Podemos en Espagne, le ministre allemand de l’Economie et l’économiste Thomas Piketty, en France, ont tous abordé le sujet et se sont dit en faveur. L’idée est d’offrir un socle commun à toute la population pour empêcher que certains passent entre les mailles de la sécurité sociale. Peu importe sa situation, tout le monde peut compter sur ce minimum de revenu. Cela évite la précarité tout en augmentant le pouvoir d’achat.

L’idée que le gouvernement verse de l’argent directement à des citoyens est déjà concrète : il y a le Self-Employed Assistance Scheme de la Mauritius Revenue Authority (MRA) qui permet aux Mauriciens du secteur informel de toucher Rs 5 100, soit la moitié du salaire minimum (voir les détails en encadré). Certes, il y a des conditions rattachées, mais le principe est acquis.

Doit-on pour autant pousser l’idée à son extrême ? Est-ce une solution pour Maurice ? Pour amortir les effets de la crise d’abord, mais aussi une solution à long terme, même quand les choses seront de retour à la normale ? A-t-on les moyens de le faire ?

Kugan Parapen : «Une avancée sociale»

Pour Kugan Parapen, de Rezistans ek Alternativ (ReA), la réponse est claire. «Ce serait un salaire minimum étendu à toute la population adulte. Ce serait non seulement une bonne mesure économique, mais aussi une avancée sociale.» La mesure permettrait, selon lui, d’en revenir à l’objectif de toute société : s’assurer que toutes ses composantes aient une vie décente. «Ces débats sont le fruit d’une crise systémique que le modèle capitaliste subit depuis plusieurs années maintenant», argue Kugan Parapen. Il faut, dit-il, «désormais réinventer tous les schémas». Il est d’avis que de plus en plus de pays vont adopter le revenu de base universel dans les années à venir.

Pourquoi faudrait-il adopter cette mesure à Maurice ? «Cela boosterait la consommation. Un peu d’argent dans les poches d’une personne modeste sera tout de suite réinjecté dans l’économie réelle, contrairement aux rabattements fiscaux sur les riches qui ne vont pas dépenser beaucoup plus à cause de cela.» Cela accélèrerait la croissance selon lui. Au-delà des considérations économiques, cela permettrait de réduire certains fléaux sociaux. «Les gens qui n’ont plus rien à perdre son plus aptes à commettre des infractions.»

La question du financement et de la dette n’est pas non plus insurmontable, selon l’analyse de Kugan Parapen. «En règle générale, l’impact sur la croissance sera plus important que sur la dette étatique.» Comme la dette se mesure en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), soit la somme de toutes les productions locales, l’impact ne sera pas aussi conséquent.

La seule mise en garde : trouver la bonne somme pour encourager les bénéficiaires à demeurer actifs. «Il faut éviter que ce soit comme en Europe, en France avec le Smic. Le revenu doit être à un niveau qui encourage les gens à travailler quand même.»

Manisha Dookhony : «Ce sera à très grand coût»

Manisha Dookhony, économiste et consultante, se montre bien plus circonspecte concernant l’idée d’un salaire de base universel. «Peut-être que c’est réalisable, mais ce sera à très grand coût», avance-t-elle. Mais à la question fondamentale de savoir si cela est souhaitable, elle répond sans ambages : «Je ne pense pas.»

L’économiste met en avant le fait qu’il s’agit d’une solution qui est «déliée» du travail. Or, l’important pour une relance économique, argumente-t-elle, c’est de maintenir l’activité économique. «Les subventions salariales et les crédits d’impôt sur le revenu sont de meilleures solutions que le revenu de base universel.» La connexion avec le travail est maintenu et c’est l’essentiel.

D’autant que pour Manisha Dookhony, le pays n’a pas forcément les moyens de financer un tel programme. «Vu la situation dans laquelle nous nous trouvons, l’État ne pourra sans doute pas le faire, vu les autres priorités à gérer et à financer.» Entre la protection des plus vulnérables, les sans emplois futurs et actuels, les PME en difficulté et les grandes entreprises également en difficulté, l’État va devoir gérer ses ressources et les utiliser de manière optimale.

Si le principe du revenu universel pourrait effectivement offrir un filet de sécurité à toute la population, admet Manisha Dookhony, il y a beaucoup de questions qui restent en suspens. «Comment décider combien de temps il faut l’offrir ? Est-ce que cela ne va pas créer plus de dépendance ? Est-ce qu’une solution temporaire ne deviendrait pas permanente ?»

De toute façon, assure-t-elle, le revenu universel seul ne suffirait pas. «Un facteur déterminant dans la mise en œuvre de ces mesures de soutien au revenu est que cela ne peut se faire en vase clos. Elles devraient s’intégrer et compléter l’ensemble existant de programmes sociaux, à la fois fondés sur l’assurance et les besoins.»

Il n’existe donc pas de solutions miracles.

Ce que la MRA a injecté dans les poches des Mauriciens

  • Demandes reçues pour le Self-Employed Assistance Scheme : 247 809
  • Comptes en banque crédités : 160 000
  • Total : Rs 816 millions.
  • Demandes reçues pour le Wage Assistance Scheme : 14 901
  • Demandes acceptées : 12 500.

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