Budget 2020-21: l’émergence d’agro-entrepreneurs, une nécessité

2 juin 2020

budget 2020-21 agro-entrepreneurs

Si l’entrepreneuriat doit présenter une planche de salut pour beaucoup, il faudrait que le ministre des Finances encourage l’émergence de nouvelles entreprises dans les prochains mois. Mais est-ce vraiment souhaitable et comment le réaliser ? Nous avons posé la question à l’économiste Swadicq Nuthay. Son verdict : c’est dans l’émergence d’une nouvelle classe d’agro-entrepreneurs qu’il faut surtout investir.

«Aujourd’hui, la question est bien qu’est-ce qu’on peut produire pour la consommation locale et pour l’exportation en termes de biens et services.» Une chose est sûre, selon Swadicq Nuthay. Il y a un secteur tout désigné comme un «sure win» : l’agro-industrie et l’économie océanique. «On a enfin réalisé que l’agriculture a un grand avenir et qu’on dépend trop de l’importation alors qu’on a beaucoup de terres abandonnées, fertiles, qu’on aurait pu exploiter avec la technologie

Potentiel énorme dans l’agriculture

L’économiste cite l’exemple d’Israël et du Qatar, qui ont transformé des déserts en fermes. À Maurice, argue-t-il, avec un climat relativement clément et une terre fertile, l’objectif devrait être réalisable si on y investissait les ressources nécessaires. Sauf qu’on en parle depuis des années, en vain.

Pour concrétiser la démarche, une première étape : l’éducation. «Il faut vraiment que les jeunes réalisent qu’il y a un potentiel énorme dans l’agriculture, explique Swadicq Nuthay. Bien entendu, on va devoir importer la technologie, le savoir-faire, quitte à laisser des investisseurs étrangers rentrer pour pouvoir développer.» L’erreur à ne pas commettre serait de continuer à utiliser les mêmes méthodes artisanales.

L’autre erreur, selon Swadicq Nuthay, serait de proposer un budget avec quelques mesures parcellaires. C’est tout un écosystème qu’il faudrait chercher à mettre sur pied pour espérer un vrai succès. Le processing, l’empaquetage, les points de vente, la conservation et l’exportation doivent être compris dans un plan d’ensemble. «C’est un peu le même principe avec la canne ; on la cultive, on récolte, on la convertit en sucre roux, puis en sucre raffiné et désormais en sucres spéciaux et il y a une chaîne de distribution établie.»

Le même écosystème devrait être mis sur pied pour l’économie bleue, selon l’économiste. «Il faudrait commencer par trouver la technologie pour savoir quoi pêcher et où. Ensuite, une fois le bateau de retour au port, comment débarquer le poisson, où se fait le processing, quels sont les canaux de distribution ? C’est un trésor inexploité dans lequel il faut investir énormément.» Une simple subvention pour l’achat d’un bateau semi-industriel ne saurait suffire. Impossible sinon de mettre fin à l’anomalie d’avoir à importer du poisson quand on possède l’une des Zones économiques exclusives les plus importantes au monde.

Diplomatie économique

Sauf que les PME ont du mal à exporter leurs produits. En Afrique continentale, le suivi logistique est une difficulté qu’elles n’ont pas toujours les moyens de surmonter. «Il faut beaucoup plus de diplomatie économique. L’idéal est d’enlever un maximum des barrières non-tarifaires qui existent dans certains pays.»

Outre l’écosystème pour la production, la transformation, la distribution intérieure et extérieure, il y a l’élément formation qui est aussi important. C’est vers l’agro-industrie 4.0 qu’il faudrait bouger, selon Swadicq Nuthay. Cela implique l’apprentissage de nouveaux outils, utiliser la mécanisation et la digitalisation pour contourner le problème du manque de main-d’oeuvre. «Les institutions existantes doivent se redynamiser pour faire que le petit planteur d’hier devienne l’agro-entrepreneur de demain.»

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