Jean Yves l’Onflé : «L’expo Lasalinn est un acte engagé»

23 octobre 2019

Dix artistes se sont emparés d’un patrimoine local pour en faire une exposition. Du 25 octobre au 15 novembre, le public pourra (re)découvrir, par le prisme de la peinture et de la photographie, les salines de Tamarin. Jean Yves l’Onflé, fondateur de l’École d’art de La Pointe Tamarin, est à l’origine de l’événement.

 

Qui a eu l’idée de s’approprier le thème des salines et pourquoi ?

C’est moi qui ai eu l’idée du thème lasalinn car ce patrimoine me tient à cœur. Le projet est né il y a un an. L’exposition durera trois semaines pendant lesquelles nous accueillerons le public dans notre école à Tamarin. Pourquoi lasalinn ? C’est un peu ma madeleine de Proust. Enfant, j’y accompagnais ma tante qui y travaillait. J’en ai gardé de nombreux souvenirs remplis d’une certaine douceur de vivre. En l’admirant brosser le sel, j’étais envahi par une sensation de bonheur.

S’agit-il aussi d’un acte engagé ?

Effectivement, c’est un acte engagé car il est urgent de sensibiliser les jeunes et le public en général sur l’importance de ce patrimoine et du métier de paludier qui est appelé à disparaître. D’ailleurs, les salines de Tamarin sont les seules du pays qui sont encore fonctionnelles. C’est un patrimoine historique. Et cela a toujours donné un cachet particulier à la localité. C’est un peu so nonbril. Plusieurs artistes se sont réunis pour monter l’exposition. Le public verra donc des supports très différents.

En quoi est-ce important ?

C’est important dans le sens où la peinture, la photographie et la sculpture sont autant de moyens d’expression au service d’un message, dans ce cas pour mettre en avant les salines. Pour cette exposition, j’ai tenu à réunir quelques professionnels, mais également des débutants, qui trouvent là une plateforme pour montrer leurs travaux. C’est une façon de les encourager.

Un tableau de Pamela Sunee.

Vous qui êtes un enfant de Tamarin, est-ce que le territoire influence votre création ?

En tant que natif de Tamarin, mon village m’a toujours inspiré. Je suis issu d’une famille de pêcheurs et ce lieu au soleil couchant est une partie de moi. Impossible de tarir cette source d’inspiration qui nourrit mon imaginaire depuis toujours. Cela se reflète constamment dans mes peintures, collages et sculptures.

Le public pourra-t-il acheter des œuvres ?

Il s’agit d’une expo-vente et une partie de la recette sera versée à l’association La Pointe Tamarin, qui offre aux jeunes une formation en peinture.

Femme et sel de Steeve Dubois.

 

L’histoire de nos marais salants

Les salines de Tamarin ont été créées dans les années 1940 par le grand-père de Jan Maingard. Ce dernier est un des peintres ayant produit pour cette exposition et l’auteur de divers ouvrages, dont certains dans un savoureux créole mauricien, et d’une bande dessinée sur Tamarin. Les salines, c’est une histoire de famille car l’un de ses grands-oncles travaillait aussi dans les marais salants de Baie-du- Tombeau, fermés depuis très longtemps. C’est donc avant toute chose un patrimoine familial. Jan Maingard déplore le peu d’intérêt de l’État pour la sauvegarde de cette production artisanale.

Autrefois, les salines étaient situées en bord de mer et les bassins se remplissaient avec le flux des marées. Puis sont arrivées les pompes, renvoyant les salines plus loin, à l’intérieur des terres. L’eau de mer est pompée dans un réservoir et chaque matin, on la laisse s’écouler dans les bassins. On y récolte, entre autres, la fleur de sel.

C’est au Caudan, à partir de 1726, que les premières salines ont vu le jour. Le sel était essentiel pour la conservation des aliments, notamment la viande et le poisson. Avec l’essor de l’industrie de la canne, il y a eu une utilisation extensive de cette commodité. Les années passant, la production s’est concentrée dans le sud-ouest de l’île, autour de Rivière-Noire et de Tamarin, avant de céder peu à peu du terrain sous la pression du sel importé.

Les salines de Tamarin sont le dernier témoignage d’un savoir-faire local. Elles font partie du paysage et sont attachées à l’identité même du village.

 

 



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