Ces artistes qui font carrière à l’étranger mais pas à Maurice…

5 mars 2020

Les artistes à Maurice sont-ils perçus comme des professionnels à part entière ? Non, répond d’emblée MaryGeann, danseur et chanteur. «Les artistes sont vus comme des attractions !» lâche le jeune homme qui s’est installé en France pour pouvoir vivre de son art. Comme lui, ils sont nombreux à se tourner vers le marché étranger pour pouvoir s’épanouir artistiquement.

Nul n’est, en effet, prophète dans son pays, font ressortir les quatre artistes que Zordi a sollicités pour expliquer ce phénomène. D’ailleurs, trois d’entre eux vivent presque exclusivement de leurs performances à l’étranger. Qu’est-ce qui explique cet engouement pour les plateformes internationales ?

Plus d’opportunités, plus de progression et surtout plus de reconnaissance artistique. Ce sont quelques-unes des raisons avancées par Ras Natty Baby. Le chanteur d’origine rodriguaise qui vit à Maurice, explique qu’il est plus facile de vivre exclusivement de son art à l’étranger car les artistes sont hautement respectés. Ce n’est hélas pas le cas dans notre pays.

«Travailler dans l’univers artistique n’est pas reconnu
comme un vrai métier à Maurice»

«Travailler dans l’univers artistique n’est pas reconnu comme un vrai métier à Maurice. De ce fait, il est difficile pour nous de vivre de notre art», dit Ras Natty Baby. Il évoque également l’absence d’une législation concernant les métiers artistiques. «Un artiste ne pourra jamais acheter à crédit dans un magasin, car on n’est pas détenteur d’une fiche de paye. A cause de tout ça, beaucoup d’artistes doivent avoir un second emploi qui est reconnu par la loi», fait ressortir l’auteur de Leve do mo pep.

MaryGeann évoque, de son côté, une absence d’opportunités. Il a quitté l’île Maurice pour la France à l’âge de 17 ans, bien déterminé à faire carrière dans la danse professionnelle. En France, souligne-t-il, les danseurs sont perçus comme des travailleurs. A Maurice, en revanche, ceux qui font de la danse sont considérés presque comme des ratés.

«On ne vous respecte pas»

Cependant, ce n’est pas si facile pour un artiste de percer en métropole parce que le niveau de compétition y est élevé. «Le problème avec l’île Maurice, c’est que l’art n’est pas mis en avant. On ne vous valorise pas. On ne prend pas en considération vos besoins et surtout on ne vous respecte pas», dénonce MaryGeann. 

Il ne fait aucun doute pour Arielle Nicolas, artiste peintre, que la société mauricienne a une mauvaise perception de l’art. Celle qui vit actuellement en Angleterre parle des difficultés qu’elle a rencontrés lorsqu’elle a commencé sa carrière. «Lorsque j’ai débuté dans la peinture, c’était assez compliqué de faire exposer mes tableaux dans une galerie. Je n’avais pas assez d’argent pour faire mon propre vernissage», raconte-t-elle.

«Il faut vraiment que les mentalités changent»

Devant cette situation, elle décide de vendre ses tableaux sur Facebook. Mais Arielle Nicolas comprend vite qu’elle a fait une erreur. «C’était une très mauvaise idée. Les gens ont tendance à ne voir qu’un simple dessin et ne veulent pas payer le prix affiché.» L’artiste peinte estime qu’«il faut vraiment que les mentalités changent car dernière une chanson ou un dessin se cachent des heures de travail ardu».

Le problème, renchérit le rappeur Jeremiah Agathe, c’est que la société mauricienne est trop conservatrice. Il fait remarquer que bon nombre de chansons ne sont pas diffusées à la radio, soit parce qu’elles ne sont pas enregistrées à la MASA, soit à cause du langage utilisé. Selon, le jeune homme, ce phénomène touche surtout la filière du rap.

Le rappeur s’appesantit également sur la baisse de niveau dont souffre la musique locale. «Aujourd’hui avec auto-tune, tout le monde est chanteur. Il est devenu courant d’entendre une chanson avec un seul mot répété en boucle. Et le fait que les gens adhèrent à cette tendance rend le travail de ceux qui cultivent leur musique difficile.»

La volonté affichée par le nouveau ministre des Arts et du patrimoine culturel, Avinash Teeluck, pour revaloriser les artistes changera-t-elle la donne ?

artistes | carrière à l’étranger | professionnalisation



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